Accueil Date de création : 26/06/07 / Dernière mise à jour : 10/01/08 11:24 / 131 articles publiés

Le DVD : un Pan and Scan, bonus et commentaire  posté le jeudi 10 janvier 2008 11:14

Pan and scan

Un soir, il y a bien des années de ça, je rentre chez moi et je vois à la télé des images qui me semblent familières mais que je ne reconnais pas tout de suite. Laurence, ma femme me lance depuis l'autre pièce : "Tiens, t'a vu, La Guerre du feu passe à la télé".

A cette époque j'avais cassé ma tirelire pour acheter le plus grand et le plus perfectionné des écrans qui existaient sur le marché. Le film passait dans son format original, en scope, avec deux larges bandes noires en haut de l'écran. Un frisson me saisit. On n'y voit rien. Mes acteurs sont de la taille d'une boîte d'allumettes, leurs visages de la grosseur d'un timbre poste. A l'époque, par moutonnisme, pour faire comme tout le monde, je m'étais battu avec les autres cinéastes pour que les films ne passent que dans leur format d'origine.


J'ai coupé la télé et changé mes idées.

D'abord, le format original d'un film de cinéma est… l'écran d'un cinéma. Un film sur un écran de télé n'est plus sur son support original. C'est comme un tableau. Pour voir un Rubens, il faut aller au musée. La toile fait trois mètres de haut sur deux mètres de côté. Il y a peu de repros dans les livres qui ont cette taille.


En toute logique, un auteur de films cohérent avec le concept de l'intouchabilité de l'œuvre originale devrait interdire toute diffusion ailleurs que sur grand écran. C'est d'ailleurs ce que j'ai fait avec les Ailes du courage, visible uniquement dans les salles Imax.


La plupart des films français ne sont tournés que parce qu'ils ont été financés par une chaîne de télé et Canal+. C'est la télé qui décide du cinéma. Les films internationaux, américains en tête, se remboursent de la manière suivante : 20 % les recettes salles, 20 % le câble + la télé hertzienne + les avions, 60 % le DVD. Moralité : 80 % des sous viennent des projections du film sur petit écran.


On ne cadre pas de la même manière quand on diffuse sur l'écran du Normandie ou du Grand Rex, ou sur la pastille d'un portable. Je le sais à chaque seconde quand, sur le tournage, je mets l'œil dans mon viseur. Depuis Le Nom de la Rose, j'ai pris conscience que je filmais une chose hybride, qui devait s'adapter à deux supports. Les plans larges comme je les aime chez David Lean pour les belles salles, les plans serrés séparés, sur chaque acteur, pour faire comprendre ce qui se passe à tous ceux qui allaient regarder mon film en bout de table face à leur tube cathodique en mangeant leurs pâtes.

Avec L'Ours, quelques années plus tard, j'ai fait un pas supplémentaire. Je me suis dit : "Et si j'avais fait ce film pour la télé, comment l'aurais-je cadré ?". La réponse est disponible sur les rayonnages des magasins de vidéo. Mes distributeurs commercialisent le film sous les deux formats : la version originale pour les puristes qui disposent d'un grand plasma ou d'un home cinéma, la version recadrée pour les autres, les plus nombreux, qui regardent leur petit écran de loin.

Cette version recadrée me prend une semaine de boulot. Je vais dans un labo spécialisé équipé pour le "Pan and Scan". Avec le technicien spécialisé, j'étudie chaque image et je décide comment la traiter en fonction des nécessités de la narration. Si le plan est trop large pour que l'expression de l'acteur soit compréhensible, je resserre. Si le plan fixe de paysage n'est pas assez lisible, je vais panoramiquer à l'intérieur et zoomer sur le détail qu'il est nécessaire de voir. Si l'image est trop sombre pour être supportée par un écran cathodique, je l'éclaircis et tasse le contraste. Voir les croquis ci-dessous pour comprendre...

Sacrilège disent les intégristes et autres talibans.

Mais lire la Bible de loin n'a aucun sens si vous ne pouvez pas voir le texte.
Mettre ici mes crobars.

En somme, plutôt que de se voiler la face ou de hurler dans la nuit étoilée, les metteurs en scène ont intérêt à retrousser leurs manches. Sinon c'est une machine qui fait le recadrage. Et là, bonjour les dégâts. 

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Pan and Scan : croquis 1  posté le jeudi 10 janvier 2008 11:13

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, Pan and Scan : croquis 1
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Pan and Scan : croquis 2  posté le jeudi 10 janvier 2008 11:12

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, Pan and Scan : croquis 2
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Pan and Scan : croquis 3  posté le jeudi 10 janvier 2008 11:11

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, Pan and Scan : croquis 3
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JJ au Pan and Scan chez ScanLab  posté le jeudi 10 janvier 2008 11:10

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