Accueil Date de création : 26/06/07 / Dernière mise à jour : 10/01/08 11:24 / 131 articles publiés

Le montage  posté le vendredi 05 octobre 2007 17:00

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, Le montage

Noelle et moi dans la salle de montage, devant les images de la scène du procès et le tableau des prises.

J'ai une très grande chance. J'ai rencontré aux temps héroïques du film publicitaire une jeune monteuse charmante, jolie et vive qui est devenue Noëlle Boisson, l'icône de sa profession. Je ne vais pas en rajouter, elle a la coquetterie de l'humilité sincère. Elle a obtenu, je ne sais plus combien de Césars et de nominations aux Oscars, pas assez de toute façon si on devait récompenser son apport créatif.


Noëlle démarre une ou deux semaines avant le début du tournage, le temps de lire soigneusement le scénario, de préparer le matériel et, souvent, de faire ses propres bagages. Elle s'est installée à Londres pour des mois à l'occasion de 7 Ans au Tibet, pendant un an à Berlin puis Munich pour Stalingrad, huit mois à Siam Reap pour Deux Frères.


Pendant que je gesticule sur le plateau, elle regarde et mémorise les "rushes", le film brut de tout ce qui est tourné. Quand je filme des animaux, des débutants ou des foules, souvent à plusieurs caméras (il m'est arrivé d'en avoir jusqu'à dix sur les grosses scènes de Stalingrad), Noëlle se retrouve avec plusieurs heures de matériel à regarder chaque jour. Elle n'a pas le temps de monter. Elle fait pour elle un assemblage vite fait pour voir si rien ne manque. Je viens à la salle seulement si elle me signale un problème. En revanche, elle me rend régulièrement visite sur le plateau. Elle a horreur de ça, elle ne veut pas voir l'envers du décor, elle ne veut pas être influencée par autre chose que ce qu'elle découvre sur son écran. Moi c'est pareil, quand je suis dans le "mood" du tournage, je flotte dans mon rêve. Mon film est dans ma tête, idéalisé, je ne veux pas être dérangé par la réalité de la salle de montage.
Pour éviter d'assister au tournage des scènes, Noëlle vient à l'heure du déjeuner. En avalant mon plateau repas sur un coin de table, je l'écoute avec la plus grande attention. Je suis comme chez le médecin, je guette ses moindres expressions, soupèse ses silences et ses non-dits pour savoir de quel mal je souffre. Elle est mon premier spectateur. Elle a une acuité de jugement hors du commun, un pif redoutable. En trente ans je ne l'ai jamais vue se tromper sur l'essentiel. Elle me fait rire par son très grand sens de la diplomatie, son usage de la litote. Si elle me souffle à l'oreille qu'elle pense qu'on pourrait avoir éventuellement "un tout petit problème", mon sang se glace. Je sais que je suis dans la merde.


Chaque jour après le tournage, la tradition est immuable. Je me cale à l'arrière de la voiture de production qui me ramène à l'hôtel et je commente ma journée, plan par plan. À l'époque de L'Ours j'utilisais un walkman à cassettes. Aujourd'hui, j'ai un petit dictaphone numérique. Mon assistante lui fait parvenir le soir mon texte par e-mail. L'exercice me prend entre vingt et quarante minutes, selon la complexité de la journée et la longueur du trajet. Ma femme Laurence qui est ma scripte est à côté du chauffeur. Elle me reprend sur les numéros de plans, me rappelle certains éléments que j'oublie de dire. C'est familial. Le mari de Noëlle est mon ancien premier assistant. Il est devenu metteur en scène et me fait la joie d'être aussi sur le plateau pour filmer le making of. Je dis à Noëlle tout ce que je pense, surtout ce que je ne dirai jamais à personne d'autre.


Noëlle a surtout besoin de comprendre l'humeur que je veux donner à la scène, le sens caché. Mais je la bassine aussi avec une foultitude de détails, genre : « Attention à la fin de la prise 6 du plan 22, José est exceptionnel, mais je lui ai demandé de ne pas être raccord avec ce qu'il faisait sur le plan large (le plan 18), c'est pour ça que je t'ai tourné un insert de la colombe qui te permettra de passer de l'un à l'autre, sauf qu'elle était pas très en forme la petite garce et qu'il faudra sans doute l'accélérer en la passant à 18 images secondes » etc.

Le montage proprement dit démarre deux à trois jours après la fin du tournage. Une autre vie commence pour moi. De décembre à juin de cette année 2007, j'ai retrouvé aux Studios de Joinville la jolie salle claire avec vue sur la Marne dans laquelle nous avions déjà monté L'Amant et Deux Frères. J'ai mon bureau un étage au-dessus.
La journée type démarre par la vision des rushes de la scène sur laquelle nous avons décidé de travailler. Une ou deux heures en général, parfois le double voire le triple. Nous analysons chaque prise de chaque plan, décortiquons chaque moment, chaque expression, chaque intonation, chaque mouvement de caméra. Pour les scènes complexes, je fais un grand tableau où nous marquons nos préférences avec des étoiles comme dans le guide Michelin.

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Extrait de mes commentaires  posté le vendredi 05 octobre 2007 16:59


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Extrait de mes commentaires à Noelle, sur mon dictaphone, le soir après le tournage...
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Détail du tableau des prises  posté le vendredi 05 octobre 2007 16:55

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, Détail du tableau des prises
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La postproduction  posté le vendredi 05 octobre 2007 16:00

Je vais maintenant repartir dans l'ordre chronologique de la postproduction de Sa Majesté Minor :


- le montage image et ses différentes étapes

- l'élaboration des effets visuels (VFX)

- la postsynchronisation

- le bruitage

- le montage son

- les mixages

- l'étalonnage

- le marketing

- le sous-titrage

- les versions étrangères, doublages et remontages

- le making of

- les bonus du DVD

- le "pan and scan"

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Le mixage des musiques  posté le lundi 01 octobre 2007 20:17

Au temps jadis cette fastidieuse opération n'existait pas. On enregistrait avec deux micros devant l'orchestre et basta finito.


Depuis déjà pas mal d'années, chaque instrument a son propre micro, parfois même plusieurs. Le niveau et la couleur peuvent donc être ajustés ultérieurement. Plus de basses, moins de hautbois, plus de réverbération sur les cors anglais et ainsi de suite à l'infini. Pire : on peut modifier le tempo sans changer la tonalité, passer de 92 beats à la minute à 102 pour donner plus de vigueur à l'interprétation ou s'adapter à une coupe de montage en réduisant la durée du morceau.


Surtout on procède à des coupes et des assemblages. Simples, comme prendre le début d'une prise et la fin d'une autre. Plus complexe en réduisant ou allongeant les longueurs, en répétant certains cycles, en coupant des mesures et pas forcément de manière franche. Souvent, on coupe les cuivres, disons à la 21e mesure, mais on garde les cordes qui étaient bonnes sur cette prise 4 pour enchaîner avec les cuivres de la prise 6.


Sur Sa Majesté Minor nous avons eu trois semaines de mixage musique. Je venais le matin pour passer la commande. Je revenais en fin de journée pour valider le travail ou demander des retouches.


Si j'additionne le temps total consacré à la musique, entre les recherches initiales et le mixage final je tombe sur une moyenne de deux à trois mois à plein temps. Si je travaillais dans la légalité avec des semaines de trente-cinq heures, ce serait cinq à six mois…


 

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