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Le montage, la suite  posté le dimanche 07 octobre 2007 10:53

Noelle encadrée par ses deux assistants, à sa droite Sandro, à sa gauche Lionel. Et puis Sophie leur adjoint…

Ils connaissent par cœur chaque seconde de chacune des 7700 prises tournées, chaque « couche » de chaque plan traité en VFX.

Une fois ce travail accompli, nous discutons un instant puis je laisse Noëlle travailler. Je monte dans mon bureau pour faire comme tout le monde, répondre aux e-mails. Aussi pour noter à chaud ce qui va être indispensable pour compléter au son et à la musique ce que je viens de voir. Aussi, pour répondre aux mille questions qu'on me pose pour préparer le futur, les affiches, le dossier de presse, les messages radio, les "teasers" et autres bandes-annonces, les modules pour les sites internet, une nouveauté à l'occasion de ce film.


Au bout de quelques heures, parfois moins, Noëlle m'appelle. Généralement pour me présenter son premier assemblage, parfois parce qu'elle tombe sur un os et qu'elle souhaite la participation de mes crocs.


A l'époque de mes premiers films, j'avais l'habitude de ne pas quitter la salle de montage une seconde. J'ai compris, peu à peu, qu'il ne faut pas s'intoxiquer. Il ne faut pas assister à l'opération de sectionnement, il ne faut pas savoir où exactement va venir la coupe. Il faut s'éloigner du monstre pour le redécouvrir avec une certaine fraîcheur, ne pas être impliqué dans l'infini détail afin de pouvoir juger de l'essentiel. On va me dire que cette démarche est en totale contradiction avec ma méthode de tournage où je m'implique dans chaque atome. En réalité entre le moment où je m'exalte sur une méthode de filage du lin, où je choisis la nuance de la teinture qui le colorera et le moment où l'acteur arrive habillé et maquillé sur le plateau il s'est passé des mois. Je ne prête plus attention au textile, ni au costume essayé dix fois. Je ne m'attache plus qu'au sens de la scène et au jeu des acteurs.



Sur Sa Majesté Minor nous n'avons pas démarré le montage par la scène 1 comme il est logique, mais avec toutes les scènes dites "de la forêt mythologique" avec Vincent Cassel. Raison simple : le personnage de Satyre qu'il interprète, ainsi que son ami l'homme cheval Centaure, nécessitent de complexes interventions du département effets spéciaux (VFX, pour Visuel FX, prononcer à l'anglaise "ef-ex"). Le montage devait être livré et quasi-définitif à noël pour être en mesure d'assurer la sortie le 10 octobre ! Je reviendrai sur ces travaux aussi laborieux que passionnants plus tard.
En nous mettant au travail dès mon retour d'Espagne, début décembre, nous avons livré les vingt minutes cruciales dans une forme suffisamment définitive pour que les graphistes puissent commencer à intervenir sur nos images dès les premiers jours de 2007.


En moyenne notre rythme de montage est d'une minute par jour. Donc pour un film d'1 h 40 comme Sa Majesté Minor, c'est-à-dire cent minutes hors générique de fin, il faut compter cent  jours. Grosso modo cinq mois. En réalité, on assemble d'abord grossièrement à raison de deux minutes par jour, si bien qu'au bout de trois mois on se retrouve avec un premier "ours" trop long et mal foutu qu'on affine par la suite. Notre premier monstre faisait tout juste un peu moins de deux heures. Pendant les deux mois qui ont suivi, nous avons fait fondre vingt minutes de lard, de gras inutile, pour arriver à la  sveltesse souhaitée dès l'écriture. (Le film avait été préminuté à 1 h 37).



Beaucoup, surtout ceux qui sont habitués à filmer le bain du petit et à regarder sans délai le résultat sur l'écran de la télé du séjour, se demandent ce qu'on glande pendant tout ce temps. Eux, quand ils font un "montage", passent une après-midi pour bout-à-bouter une heure trente de leur "best of". Le "film" ainsi obtenu suscite la plupart du temps les félicitations du public familial. Certains cinéastes s'inspiraient de la méthode. Ceux qui gravitaient au sein d'une famille unie, donc restreinte, obtenaient les mêmes appréciations gratifiantes.


Le public payant est évidemment plus exigeant. Il se lasse vite. Le monde change, le cinéma aussi. La perception des images est de plus en plus instantanée. Quand il fallait vingt secondes pour expliquer un lieu, on en veut deux aujourd'hui. Être concis, faire court, ne veut pas dire être sommaire. Il y a des gens qui prennent une plombe avec des mines profondes à vous raconter une histoire inutile, d'autres qui vous serrent la gorge après quarante-cinq secondes d'un récit économe.


J'ai sans cesse en tête cette anecdote de Gide qui, la mine désolée, s'excusait auprès de son éditeur en présentant un manuscrit trois fois plus volumineux qu'à l'ordinaire : "Désolé, je n'ai pas eu le temps de faire court".


Trouver la substance signifiante de chaque plan, savoir juxtaposer les seuls moments forts en donnant l'illusion qu'ils s'enchaînent dans une fluide continuité temporelle, voilà tout l'art de l'ellipse, tout l'art de Noëlle Boisson et des grands monteurs. L'orfèvrerie demande beaucoup de métier, beaucoup de talent. Beaucoup de patience aussi.

Statistiques de Sa Majesté Minor
1 100 plans tournés (avec une moyenne de sept prises par plan j'ai donc dit 7 700 fois "moteur" et 7 700 fois "coupez" pendant le tournage).

1 200 changements de plans dans le film (donc à l'écran un plan nouveau ou prise nouvelle toutes les cinq secondes).

105 heures de film tourné (pour un montage final de 101 minutes, à peu près une heure tournée pour une minute montée. Ratio de 60 pour 1).

400 plans passent par les VFX (donc un tiers des plans tournés, 300 pour des interventions modestes, 100 pour des combinaisons lourdes ou très lourdes).

77 jours de tournage (donc une minute vingt secondes "utile" par jour. Pour un téléfilm le minimum est 7 minutes. Une cadence industrielle qui interdit le même travail).

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Tous les commentaires de l'article:
Le montage, la suite

  • mailtoCharles-Eric

    mar 09 oct 2007 22:58

    Nous sommes maintenant à quelques heures de la sortie se Sa Majesté Minor. J'imagine qu'une tension extrême, mêlée à une impatience et une forte excitation doivent vous envahir. Comment "gérez"-vous (si tant est que vous ayiez besoin de gérer cela) les heures qui composent une journée de sortie.
    Cette dernière représente la concrétisation, l'aboutissement de tant de semaines de passion, de rêves, de stress, de travail, de joie, de fugaces désillusions... J'imagine que vous avez hâte que le public découvre enfin votre dernier bébé. La différence avec un véritable accouchement, c'est que dans ce cas précis de nombreuses personnes ont déjà porté un jugement, tantôt passionnel, tantôt passionnant, tantôt motivé, tantôt virulent, tantôt enjoué sur le futur bébé . Et même si vous avez l'habitude de tout ça, de cette diversité dans la critique, de cet emballement, qu'il soit positif ou négatif, j'imagine que c'est un moment très particulier à vivre.

    En tous les cas, j'ai eu la chance d'avoir déjà vu votre bébé, et je peux vous dire qu'il est effectivement diffférents des autres (comme d'ailleurs chacun de vos films est différent des autres), mais que son air de "sale gosse" est un véritable régal pour les yeux, le coeur et les oreilles !

    Bon courage pour le 10. Je ne crois pas être le seul à vous souhaiter plein de bonnes choses. Et surtout, longue vie au Roi Minor Ier !!!

  • mailto Ethel Brizard

    mar 09 oct 2007 15:04

    Monsieur,

    J’ai eu le plaisir d’assister à l’avant première de Minor hier soir.
    J’avais jusqu’ici regardé vos films avec toujours beaucoup de plaisirs.
    Mais celui-ci, insolent et audacieux m’a galvanisée.
    J’ai senti planer un vent libertaire qui m’a redonné envie d’aller au cinéma.
    Il suffit du cinéma conformiste et rangé, du film français correct, souvent juste mais sans trop d’ambition.
    Il suffit de la critique psycho moralisatrice qui boude son plaisir et nous culpabiliserai d’en prendre.
    J’ai ri comme une enfant aux facéties de vos personnages, j’ai partagé la larme à l’œil avec la truie répudiée et j’ai rêvé avec Minor à un monde meilleur.
    Si ce film est une ode à l’amour, je crois bien en avoir emporté un peu avec moi en quittant la salle.
    De cela je voulais tout simplement vous remercier.

  • Zoun

    dim 07 oct 2007 14:06

    Tous ces chiffres sont quand même hallucinant.
    Ca m'épate à chaque fois.

  • mailto Juju le pigiste

    dim 07 oct 2007 14:01

    Comme toujours Mr Annaud vous innovez, et présentez un blog détaillé et parfait! Alors merci.
    Et "Le Nom de la Rose" reste un des plus grands films FRANCAiS.

  • Zoun

    dim 07 oct 2007 14:01

    Il faut avoir une grande confiance aux monteurs pour les laisser seuls comme ça. ^_^

    Quand je vois leurs matos ça me fait rêver....
    pour mes p'tits courts métrages (amateur) je n'ai qu'un simple ordi portable
    (pour pouvoir à mon boulot de receptionniste de nuit et faire le montage tranquille entres deux clients)
    et un logiciel basique (pinnacle 9.. qu'est-ce que vous me conseillez comme logiciel?).
    Donc je réalise et fais le montage tout seul (parce que je n'ai personne d'autre et ce n'est pas comparable à vous).

    En tout cas ça me permet de réaliser que le monteur est essentiel, un film peut vraiment se monter de tellement de façon différentes que selon comme il est monté il ne dégage pas du tout la même chose. Dans les comedies le rythme est important.

    Pour moi, le scénariste le réalisateur et le monteur sont tous aussi important et les acteurs evidemment.
    Ils ont tous le même but: raconter une histoire.

    Pour l'instant je joue au scénariste réalisateur monteur et même acteur (quand j'ai personne d'autre).. mais p'têt qu'un jour j'y jouerai plus et que je le serai vraiment.
    Quoi, on peut rêver...


    Merci pour ce blog