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ACTU Dépêche dernière heure  posté le mercredi 10 octobre 2007 18:49

Sa Majesté Minor sort aujourd'hui en salles à travers la France et la Suisse. Le tir de barrage inhabituel auquel le film a du faire face va sans aucun doute contrarier son destin immédiat. Je viens en revanche de lire la première critique américaine. Elle émane du journal professionnel Variety.
Serait-il vrai que "Nul n'est prophète en son pays" ?


Voici la traduction de l'article de VARIETY (9 Octobre 2007, par Lisa Nesselson).


Sa Majesté Minor


"Sa Majesté Minor" de Jean-Jacques Annaud, où un type qui se croit cochon se voit  promu souverain est un conte  audacieux, incroyablement original, allumé et magnifique,  situé sur une île de la mer Egée plusieurs milliers d'années avant Jésus-Christ. Les critiques qui se plaignent que le cinéma est coupable de ne pas explorer des territoires novateurs ne pourront pas appliquer leurs récriminations à cette comédie baignée de soleil, où la frontière entre les hommes et les bêtes sont floues et les pulsions païennes à l'ordre du jour. Curiosité cinématographique, le premier film d'Annaud en langue française depuis bien des lunes sort large en France le 10 Octobre et devrait trouver ses points d'ancrage en Europe.

Rarement la recommandation traditionnelle "va requérir un traitement particulier" est mieux appliquée. Le film regorge d'énergie et de talents au service d'une histoire parfaitement loufoque, mais parfaitement en accord avec ses propres paramètres imaginatifs. On imagine que c'est la sorte de film que Kenneth Anger pourrait faire s'il avait accès à un budget robuste, des acteurs de série A et le poids qui vient d'un palmarès comme celui d'Annaud.

Situé dans un monde hermétiquement clos où quelques règles tribales servent de guide mais où rien n'est un pécher, l'entreprise sera étiquetée "film d'art" outre-atlantique. Pourtant il s'agit d'un solide divertissement populaire auxquels tout ceux qui en ont la disposition peuvent se réjouir. Et contrairement au trop sophistiqué "L'Amant" du même Annaud, ce film est authentiquement plein de vigoureux et truculent désir.
Le scénario de Gérard Brach, son dernier et cinquième collaboration avec Annaud (après "la guerre du feu", "le nom de la rose", "l'ours" et "l'Amant") laisse les commandes à la pure imagination. Les cartons intermédiaires, à la manière des romans du passé préviennent le spectateur des événements à suivre. Minor, José Garcia, un adulte, dort avec les cochons. Il partage leur approche porcine de l'hygiène et de l'alimentation, n'a jamais appris à parler quoiqu'il couine couramment et intimement avec une truie. Minor en pince de loin pour la belle Clytia (Melanie Bernier) une superbe minette fiancée au beau et sensible Karkos.  (Sergio Perris Mencheta).
Après que Minor ait été puni pour avoir transgressé les règles de sa tribu, il découvre une enclave forestière habitée de créatures mythologiques, parmi elles un Satyre nommé Pan (Vincent Cassel) et un centaure. Toujours plein de vigueur, Pan souhaite à Minor la bienvenue de manière très particulière, impliquant une des protubérances du Dieu et un des orifices de Minor.

Plus tard, après avoir été laissé mort par ses compatriotes, Minor ressuscite avec le don de la parfaite éloquence en langue française, murmurant par bribes "Connais-toi toi-même" façon "je pense donc je suis". Mais si on considères les facéties qui suivent plutôt que "I think therefore I am" on devrait traduire "therefore I ham" (jambon). Minor bénéficie illico d'un statut royal et est soudainement plus séduisant aux yeux de Clytia, laquelle l'aimait bien déjà lorsqu'il couchait en porcherie.

Désinvolte, irrévérencieuse, cette équipée païenne joue à la manière d'un "Vie de Brian" tournée par David Lean, avec une très française couche de candeur lubrique par rapport aux usages qu'on peut réserver aux diverses ouvertures de notre chair. Tandis que le cast et l'équipe semblent avoir pris beaucoup de plaisir, la question "a qui ce film est-il destiné" n'apparaît pas avoir été une priorité.

Portant des étuis pour pénis érigés avec la même décontraction que des millions d'hommes d'affaires portaient jadis des pantalons a patte d'éléphant ou de flamboyantes rouflaquettes, les males du lieu flânent ou pontifient quand ils ne sont pas en train de s'entraider pour leurs frasques.

Garcia, jouant dans le lyrisme comme le doux enfant de l'amour qu'auraient eu Robert Downey Junior et Tom Hulce, compose une créature aussi attachante que convaincante. Le petit film colorisé décrivant comment il est arrivé sur l'île est délicieusement farfelu.

Les fans de Vincent Cassel devraient être réjouis par sa prestation "tout feu tout flamme", dans le rôle de fringant Satyre enjôleur et souriant, toujours prompt à tout enfourcher que ce soit un arbre en forme de croupe, de diaphanes demoiselles, ou un type qui passe.

De délicieux apartés visuels du monde de la végétation bourgeonnante envahissent l'écran tandis que Minor explore le corps de Clytia pour la première fois. On pourrait presque entendre Annaud et Brach se laisser aller à la rêverie en se demandant "hey, ça serai pas chouette si…" et ensuite réussissant à mettre en œuvre ces effets spéciaux inattendus, quelque que soit le pourcentage statistique de spectateurs qui se gratteront le crâne.

La musique est insouciante, allègre, à l'opposé de toute lourdeur. Les décors, accessoires et costumes se révèlent essentiels pour cette atmosphère aux antipodes des sentiers battus. La photographie dorée, cuivrée apporte sans relâche une valeur ajoutée à l'image sur écran large.

Brach, auquel ce film est dédié, est mort en Septembre 2006, quatre jours après le début du tournage.


Vous trouverez l'article original sur le lien suivant :
http://www.variety.com/review/VE1117935044.html?c=31

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Tous les commentaires liés à l'article : ACTU Dépêche dernière heure

  • Laurent Mieszala a posté :lundi 05 novembre 2007 14:26

    Bonjour. Habitant à Nice, et dépité de voir que, dans sa seconde semaine d'exploitation, votre film a quasiment disparu des salles, excepté une obscure séance à 19h, je n'ai pas encore vu votre film. Mais j'y vais dés que possible. Je fus surpris par les critiques acides des presses à propos de Sa Majesté Minor! Cependant, j'espère vous rencontrer un jour pour vous rendre ce que vous m'offrez de conviction et de passion quand les miennes, de vouloir faire ce métier, s'amenuisent et s'essoufflent face au dédain de certains à vous recevoir et vous lire...! En espérant vous rencontrer un jour proche, et surtout que ces critiques ne vous changent pas dans votre démarche artistique... Bien à vous, M. Annaud. Cordialement, Laurent.
  • Emmanuel B. a posté :mardi 30 octobre 2007 11:15

    Je suis allé voir votre dernier bijou dans la semaine de sa sortie et je n'attends qu'un moment de libre pour retourner le voir.
    Le cinéma (français) vous doit tant...
  • Nicolas Bouvet a posté :jeudi 25 octobre 2007 02:26

    Bonsoir Mr Annaud,

    Je ne sais pas si vous vous souviendrez de moi, mais vous avez été mon parrain à La Fémis en 2002 sur mon travail de fin d'études (il s'agissait d'un docu-menteur historique) intitulé "La bataille de Yavich". Vous aviez été à l'époque d'une aide précieuse et aviez surtout rendu très très fier et heureux l'élève que j'étais. Vous savez l'admiration que je vous porte, elle n'a pas faibli. Je suis, depuis, devenu monteur son, comme je le souhaitais à l'époque, naviguant de grosses productions (OSS 117, BIG CITY, ANGEL...) à des films plus intimistes (CORTEX, ROIS ET REINE...) où je travaille le plus souvent en tant qu'assistant monteur son ou monteur paroles... voire monteur son tout court très prochainement. Bref, je tenais à vous apporter mon modeste soutien en cette période peut-être compliqué pour vous. J'ai vu MINOR et y ai emmené mon amie. SI je n'y ai pas pris autant de plaisir que je l'aurais souhaité, je suis très loin de comprendre la campagne critique autour du film. Aucun (ou presque) ne semble avoir remarqué l'élégance dynamique de votre mise en scène, les astucieux choix musicaux ou encore l'excellente direction d'acteur. José Garcia, par exemple, dans un rôle si complexe, est incroyable!

    Selon moi, vous êtes plus que jamais un de nos meilleurs réalisateurs. Je vous souhaite donc de refaire un film afin d'en remontrer à vos détracteurs du moment. Votre science est grande et n'égale que la gentillesse dont vous aviez fait preuve à l'époque à mon égard. Me concernant, je reste un admirateur de votre travail, un peu trop emphatique peut-être. mais sincère. J'espère toujours réussir à travailler avec vous sur un prochain projet. J'avais tenté de contacter Laurent Quaglio pour MINOR mais sans succès. Qui sait... Encore une fois merci pour cette belle et éclectique oeuvre que vous continuez à construire.
    A bientôt.

    Nicolas Bouvet
  • kiki a posté :mercredi 17 octobre 2007 17:50

    salut j.j c'est kiki ... ma femme et moi avons vu MINOR nous avons aime, et au diable les critiques , tu as déja connu ça et ils sont devenus des films cultes, a noter tout de même qu'il exite une critique connaisseuse en la personne de Daniéle heyman qui a sorti un bon article. Salut vieux ......frère KIKI
  • Jérôme a posté :lundi 15 octobre 2007 17:04

    Enfin j'ai vu MINOR !

    Après ce flot de critiques diverses, billevesées navrantes et avis multiples qui ont pu remplir nos journaux et nos magazines sur les dernières semaines, descendant votre film, j'ai enfin pu me faire mon idée.

    Et j'ai passé un bon moment !
    Cassel et Garcia sont excellents, la musique de Navarette géniale, l'idée unique, tout comme la mise en scène. Seules les transitions 35mm / HD m'ont un peu choqué... je les ai trouvées trop marquées, trop "lisibles", était-ce voulu ?

    @ bientôt sur une des deux toiles.

    Amicalement.
  • jean cristall a posté :lundi 15 octobre 2007 00:42

    cristal! - le 13/10/2007

    Difficile, à première vue, de reconnaître Jean-Jacques Annaud dans son nouveau film, voulue fable philosophique sur la bétîse humaine. Les réactions seront probablement diverses (quoique la consternation risque de l'emporter), mais pourtant, à moins d'être d'une exigeance cinématographique minuscule, "Sa majesté Minor" est un film bien fâcheux. A part, à la rigueur, une mise en scène qui n'hésite pas à aller jusqu'à la saturation de par ses effets visuels, son esthétisme enfantin et l'utilisation perturbante de ses décors, rien n'est sauvable de ce naufrage du 7ème art. C'est peu dire qu'on a connu Annaud plus inspiré ("L'ours", "Deux frères" ou "Le nom de la rose" pour ne citer qu'eux) que devant cette pantalonnade obsédée et visant délibérément en-dessous de la ceinture. Que le cinéaste ait décidé de sortir des sentiers battus, soit, mais le prétexte suffit-il à tant de grossièreté? Enchaînant les gags vaseux avec une lourdeur spectaculaire, "Sa majesté Minor" (que l'on attendait pas du tout comme ça) s'enfonce dans sa propre bouse sur toute la longueur. La bétîse de chaque scène (la sodomie remise au goût du jour, ou encore Claude Brasseur parlant à sa diarrhée comme il le ferait à sa conscience...) croit cacher derrière elle la bétîse humaine en général, voulant tirer la réflexion du film par l'incarnation littérale de son sujet. Mais dommage, rien ne marche, et l'on sort de cette bouffonerie orgiaque et bouseuse d'un air dépité, ébahit par tant de nullité même pas assumée. Mais dans l'ensemble, il faut reconnaître l'équilibre, la cohérence du réalisateur : prévisible et totalement impuissante dans son discours, cette farce pas drôle est, de plus, techniquement très mauvaise ; que ce soit les hideux mouvements de caméra ou l'hystérie énervante des dialogues, le jeu en permanence outrancier des comédiens (que des bons pourtant!) ou le scénario-vignette d'une légèreté pour ainsi dire bien contradictoire avec l'esprit du film, "Sa majesté Minor" se plante lamentabl
  • Olivier a posté :samedi 13 octobre 2007 17:38

    Monsieur Annaud,
    Lorsque j'ai aperçu pour la première fois à la télévision quelques extraits de "Sa Majesté Minor", ma première pensée a été: "Décidément! Les limites de la débilité humaine ne seront donc jamais atteintes!"
    Mais tout a changé lorsque Jean-Jacques BEINEIX a défendu votre oeuvre dans "L'édition spéciale" de Canal +. Ce réalisateur possède assurément un sens de l'éloquence encore plus eficace que celui de Minor lui-même, puisque quelques heures après, j'étais au cinéma... et je jubilais devant votre oeuvre!
    Si votre intention, au travers de ce film, a été de nous dire: "Il y a en tout Homme un porc qui sommeille", votre pari est largement gagné. BRAVO! Toutes les scènes sont FASCINANTES et porteuses d'un message lorsqu'elles sont lues au second degré. Celle qui, pour moi, est la plus BOULEVERSANTE, est celle où Minor se regarde dans un miroir et apprend à distinguer les deux "côtés" de son être: l'Homme, courtois, délicat, civilisé, et le Porc, animal, obsédé par les instincts bestiaux, le sexe et les sécrétions anales. Quel MAGNIFIQUE moment de cinéma! MERCI d'avoir eu le COURAGE de nous montrer le reflet de ce que nous sommes vraiment: d'un côté, des êtres courtois, généreux, civilisés, bref, des HUMAINS, et de l'autre, des êtres jouisseurs, sales, capables des fantasmes et des pratiques les plus extrêmes et les plus crues, en un mot, des ANIMAUX!
    Malheureusement, bon nombre de critiques et de spectateurs n'ont pas su apprécier votre oeuvre à sa juste valeur, sans doute parce qu'ils ne possédaient pas cette grille de lecture, indispensable à la bonne compréhension de votre oeuvre. Comment pourrait-on d'ailleurs honnêtement leur en faire le reproche? L'affiche du film elle-même évoque une sympatique comédie populaire teintée de science-fiction. On imagine donc aisément la surprise et le choc qui attend le spectateur lambda qui, une fois dans la salle, découvre un quasi-film d'auteur s'interrogeant sur les bassesses de ses contemporains...
    Votre film a sans doute été victime, comme l'a dit Monsieur BEINEIX, du "système médiatique français". Quoi qu'il en soit, soyez certains qu'ill ne mérite que des FELICITATIONS, des ENCOURAGEMENTS, une STANDING OVATIONS!
    Cela n'a malheureusement pas été possible... Ce vendredi à la séance de 18H, à Lyon, nous n'étions que trois dans la salle.
    Avec toute ma sympathie et mon admiration pour l'ensemble de votre oeuvre,
    Olivier
  • michael a posté :vendredi 12 octobre 2007 13:40

    Bien le bonjour Mr Annaud
    J'espère que vous aurez vu l'intervention de Jean Jacques Beineix ce midi sur canal+ dans "l'edition spéciale" pour parler de "Sa Majesté Minor". C'était magnifique.
    Moi j'ai toujours été trés enthousiaste pour aller voir votre film et je suis insensible aux critiques. J'espère que beaucoup auront la démarche personnelle de les ignorer également et d'aller se délecter de l'originalité et la fantaisie de votre oeuvre.
    Merci de ne pas rentrer dans les formats du cinéma business et de continuer d'amener de la créativité là où la plupart se contente de copier ou parodier le voisin qui a du succés.
  • André D a posté :jeudi 11 octobre 2007 16:02

    Bravo et merci pour ce partage qui à "queue et tête" !



    Silence ! le petit juge, le mental habituel. Écoute ce qui en toi, à l'intime, au centre, reconnaît cette histoire jubilatoire. Sent la fécondité propre de cette expérience onirique pénétrer en des lieux profonds et fertile de ta caboches ; et s'y installer. Sève et semences, les mythes, les contes et votre film participent aux chemins du "moi je" vers Soi.



    Les critiques font-il la critique de leurs rêves ? Où laissent-ils les signes s'exhaler, prendre sens et s'interpréter ? Ce film ne devrait-il pas être reçu comme on reçoit un songe, un mythe - en résonance !

  • Zoun a posté :jeudi 11 octobre 2007 11:00

    Personnellement, le commentaire de Benjamin m'a donné encore plus envie de voir le film. J'espère qu'il va rester plus d'une semaine en salle que je puisse me déplacer pour le voir avant sa sortie DVD!

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