Sa Majesté Minor sort
aujourd'hui en salles à travers la France et la Suisse. Le
tir de barrage inhabituel auquel le film a du faire face va sans
aucun doute contrarier son destin immédiat. Je viens en
revanche de lire la première critique américaine.
Elle émane du journal professionnel Variety.
Serait-il vrai que "Nul n'est prophète en son pays"
?
Voici la traduction de l'article de VARIETY
(9 Octobre 2007, par Lisa Nesselson).
Sa Majesté Minor
"Sa Majesté Minor" de Jean-Jacques Annaud,
où un type qui se croit cochon se voit promu souverain
est un conte audacieux, incroyablement original,
allumé et magnifique, situé sur une île
de la mer Egée plusieurs milliers d'années avant
Jésus-Christ. Les critiques qui se plaignent que le
cinéma est coupable de ne pas explorer des territoires
novateurs ne pourront pas appliquer leurs récriminations
à cette comédie baignée de soleil, où
la frontière entre les hommes et les bêtes sont floues
et les pulsions païennes à l'ordre du jour.
Curiosité cinématographique, le premier film d'Annaud
en langue française depuis bien des lunes sort large en
France le 10 Octobre et devrait trouver ses points d'ancrage en
Europe.
Rarement la recommandation traditionnelle "va
requérir un traitement particulier" est mieux
appliquée. Le film regorge d'énergie et de talents au
service d'une histoire parfaitement loufoque, mais parfaitement en
accord avec ses propres paramètres imaginatifs. On imagine
que c'est la sorte de film que Kenneth Anger pourrait faire s'il
avait accès à un budget robuste, des acteurs de
série A et le poids qui vient d'un palmarès comme
celui d'Annaud.
Situé dans un monde hermétiquement clos où
quelques règles tribales servent de guide mais où
rien n'est un pécher, l'entreprise sera
étiquetée "film d'art" outre-atlantique. Pourtant il
s'agit d'un solide divertissement populaire auxquels tout ceux qui
en ont la disposition peuvent se réjouir. Et contrairement
au trop sophistiqué "L'Amant" du même Annaud, ce film
est authentiquement plein de vigoureux et truculent
désir.
Le scénario de Gérard Brach, son dernier et
cinquième collaboration avec Annaud (après "la guerre
du feu", "le nom de la rose", "l'ours" et "l'Amant") laisse les
commandes à la pure imagination. Les cartons
intermédiaires, à la manière des romans du
passé préviennent le spectateur des
événements à suivre. Minor, José
Garcia, un adulte, dort avec les cochons. Il partage leur approche
porcine de l'hygiène et de l'alimentation, n'a jamais appris
à parler quoiqu'il couine couramment et intimement avec une
truie. Minor en pince de loin pour la belle Clytia (Melanie
Bernier) une superbe minette fiancée au beau et sensible
Karkos. (Sergio Perris Mencheta).
Après que Minor ait été puni pour avoir
transgressé les règles de sa tribu, il
découvre une enclave forestière habitée de
créatures mythologiques, parmi elles un Satyre nommé
Pan (Vincent Cassel) et un centaure. Toujours plein de vigueur, Pan
souhaite à Minor la bienvenue de manière très
particulière, impliquant une des protubérances du
Dieu et un des orifices de Minor.
Plus tard, après avoir été laissé mort
par ses compatriotes, Minor ressuscite avec le don de la parfaite
éloquence en langue française, murmurant par bribes
"Connais-toi toi-même" façon "je pense donc je suis".
Mais si on considères les facéties qui suivent
plutôt que "I think therefore I am" on devrait traduire
"therefore I ham" (jambon). Minor bénéficie illico
d'un statut royal et est soudainement plus séduisant aux
yeux de Clytia, laquelle l'aimait bien déjà lorsqu'il
couchait en porcherie.
Désinvolte, irrévérencieuse, cette
équipée païenne joue à la manière
d'un "Vie de Brian" tournée par David Lean, avec une
très française couche de candeur lubrique par rapport
aux usages qu'on peut réserver aux diverses ouvertures de
notre chair. Tandis que le cast et l'équipe semblent avoir
pris beaucoup de plaisir, la question "a qui ce film est-il
destiné" n'apparaît pas avoir été une
priorité.
Portant des étuis pour pénis érigés
avec la même décontraction que des millions d'hommes
d'affaires portaient jadis des pantalons a patte
d'éléphant ou de flamboyantes rouflaquettes, les
males du lieu flânent ou pontifient quand ils ne sont pas en
train de s'entraider pour leurs frasques.
Garcia, jouant dans le lyrisme comme le doux enfant de l'amour
qu'auraient eu Robert Downey Junior et Tom Hulce, compose une
créature aussi attachante que convaincante. Le petit film
colorisé décrivant comment il est arrivé sur
l'île est délicieusement farfelu.
Les fans de Vincent Cassel devraient être réjouis par
sa prestation "tout feu tout flamme", dans le rôle de
fringant Satyre enjôleur et souriant, toujours prompt
à tout enfourcher que ce soit un arbre en forme de croupe,
de diaphanes demoiselles, ou un type qui passe.
De délicieux apartés visuels du monde de la
végétation bourgeonnante envahissent l'écran
tandis que Minor explore le corps de Clytia pour la première
fois. On pourrait presque entendre Annaud et Brach se laisser aller
à la rêverie en se demandant "hey, ça serai pas
chouette si…" et ensuite réussissant à mettre
en œuvre ces effets spéciaux inattendus, quelque que
soit le pourcentage statistique de spectateurs qui se gratteront le
crâne.
La musique est insouciante, allègre, à
l'opposé de toute lourdeur. Les décors, accessoires
et costumes se révèlent essentiels pour cette
atmosphère aux antipodes des sentiers battus. La
photographie dorée, cuivrée apporte sans
relâche une valeur ajoutée à l'image sur
écran large.
Brach, auquel ce film est dédié, est mort en
Septembre 2006, quatre jours après le début du
tournage.
http://www.variety.com/review/VE1117935044.html?c=31