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Le bruitage  posté le lundi 22 octobre 2007 20:45

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, Le bruitage

                    Laurent Lévy vêtu du manteau de coquillage de Sa Majesté, s’agite en synchronisme avec l’image




L'opération fait rigoler tout le monde. Un des grands classiques de la cérémonie des Césars était de voir Jean-Pierre Lelong taper sur des noix de coco tandis qu'à l'écran les sabots des chevaux de la garde républicaine frappaient les pavés.

Il est vrai qu'un audi de bruitage vaut le déplacement. Même les puces de Vanves sont mieux rangées. Il y a des vieilles valises ouvertes partout, des sacs cradingues qui vomissent un infernal bric à brac de vieilleries. Un catalogue à la Prévert. Un téléphone en bakélite, un vieux blouson, un peigne édenté, une casserole sans manche, un manche sans marteau, une vielle machine à écrire, toute la fortune du bruiteur. Des années de travail et d'essais, pour obtenir le son crédible. Le Titanic sombre ? La casserole sans manche dans l'évier cradingue fera la blague. Une grande complicité entre le bruiteur et l'ingénieur du son est nécessaire, pour choisir le micro juste, l'angle d'attaque, la proximité, la réverbération, etc.

A quoi sert le bruitage ?

Le bruitage est indispensable :
- pour la "VI", la "version internationale",
- pour redonner de la vie aux sections postsynchronisées,
- pour remplacer les bruits défectueux ou inappropriés du son direct.

La "VI" est la bande son de la totalité du film, avec les ambiances, la musique et les bruits mais sans les dialogues. La "VI" va être livrée dans les territoires étrangers comme support pour les versions doublées. Il suffira de rajouter la voix des nouveaux acteurs qui diront le texte dans la langue d'accueil. Les "VI" ne se font que pour les films qui ont l'espoir d'être vendus à l'étranger et d'y être diffusés dans un nombre de copie suffisant pour justifier les frais d'un doublage. La majorité des films français sont diffusés hors des frontières de la francophonie dans quelques salles seulement. Dans ce cas, ils sont diffusés dans le circuit des cinémas spécialisés qui passent des films sous-titrés.

Dès qu'on traite une scène en postsynchro (voir plus haut), on perd tout ce qui fait la vie d'un son direct. Les ambiances (le vent, la rumeur de la ville, le chant des oiseaux), mais aussi les bruits du corps, les pas sur le gravier de l'allée, les froissements de la veste. C'est pourquoi, les acteurs peu expérimentés ont horreur de la postsynchro : quand ils se réécoutent, ils ont l'impression que leur voix est morte, creuse. En fait, elle manque de ce que va leur apporter le bruiteur. On comprend aussi pourquoi bien des films sont obligés de renoncer à l'amélioration de la postsynchro : non seulement il faut faire revenir l'acteur, payer le temps d'audi, mais aussi prévoir du temps de bruitage et, bien sûr, refaire les ambiances. J'y reviendrai.

Les sons enregistrés en direct sont souvent des sons inappropriés. Par exemple dans
Sa Majesté Minor une branche se rompt et la tête de José tombe sur un rocher. Sur le tournage, la branche est bricolée par le département SFX. Elle ne se rompt pas mais bascule grâce à un système pneumatique. Son : pschit-cronk-schlonk. Le plan suivant qui raccorde : la branche traverse le champ avec un mannequin accroché aux branches. Le mannequin en mousse tombe sur le caillou en polystyrène. Son : Mouf-shouik. Le bruiteur va remplacer tout ça par un magnifique "craaaak… clac ! Plak !".


Sur les trois ou quatre semaines de bruitage, je n'interviens qu'au début et à la fin de chaque bobine. Je regarde chaque section de dix-huit minutes en compagnie de l'équipe de bruitage. J'explique les sons particuliers que je veux (l'amphore qui se brise devra faire un son creux et lourd genre plonk-craounkkk, pas toc-clic), je rappelle la texture des sols parfois mal visibles (un sentier recouvert de feuilles sèches ou un chemin caillouteux), je raconte en quoi sont faites les étoffes (c'est rêche, ça gratte). Après deux jours de boulot, je réécoute la bobine et nous rectifions ensemble. Non la merde dans laquelle José écrase son pied ne fait pas le bruit d'un paquet de chips sur lequel on s'assoit, mais celui dune tranche de pâté de foie qu'on écrase.


A cette période là, j'ai des journées très rigolotes. Je passe d'une salle à l'autre, d'un audi à l'autre. Je commente un trucage en cours, je vérifie un prémix parole, je refuse une affiche, j'applaudis à un remontage, je file de l'autre côté de la Seine pour enregistrer un solo de trombone, je reviens écouter les choix d'ambiances. Varié.

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Tous les commentaires liés à l'article : Le bruitage

  • hernandez a posté :mercredi 06 février 2008 11:11

    Bonjour,
    Pouvez vous aller voir sur internet si vous le désirer: le bruiteur de gravier
    J'aimerai connaître votre avis.
    Cordialement
  • Srevi a posté :dimanche 28 octobre 2007 00:55

    Ah ! J'aimerais bien assister à des recherches de ce genre ! Comment restituer tel ou tel son : ça doit être quelque chose !!
  • Nicolas Bouvet a posté :jeudi 25 octobre 2007 10:08

    Mr Annaud,


    Je ne sais pas si vous vous souviendrez de moi, mais vous avez été mon parrain à La Fémis en 2002 sur mon travail de fin d'études (il s'agissait d'un docu-menteur historique) intitulé "La bataille de Yavich". Vous aviez été à l'époque d'une aide précieuse et aviez surtout rendu très très fier et heureux l'élève que j'étais. Vous savez l'admiration que je vous porte, elle n'a pas faibli. Je suis, depuis, devenu monteur son, comme je le souhaitais à l'époque, naviguant de grosses productions (OSS 117, BIG CITY, ANGEL...) à des films plus intimistes (CORTEX, ROIS ET REINE...) où je travaille le plus souvent en tant qu'assistant monteur son ou monteur paroles... voire monteur son tout court très prochainement. Bref, je tenais à vous apporter mon modeste soutien en cette période peut-être compliqué pour vous. J'ai vu MINOR et y ai emmené mon amie. SI je n'y ai pas pris autant de plaisir que je l'aurais souhaité, je suis très loin de comprendre la campagne critique autour du film. Aucun (ou presque) ne semble avoir remarqué l'élégance et la dynamique de votre mise en scène (un peu à la Jean-Pail Rappeneau pour citer un cinéaste que j'admire aussi et avec qui j'ai eu la chance de travailler), les astucieux choix musicaux ou encore l'excellente direction d'acteur. José Garcia, par exemple, dans un rôle si complexe, est incroyable!

    Selon moi, vous êtes plus que jamais un de nos meilleurs réalisateurs. Je vous souhaite donc de refaire un film afin d'en remontrer à vos détracteurs du moment. Votre science est grande et n'égale que la gentillesse dont vous aviez fait preuve à l'époque à mon égard. Me concernant, je reste un admirateur de votre travail, un peu trop emphatique peut-être. mais sincère. J'espère toujours réussir à travailler avec vous sur un prochain projet. J'avais tenté de contacter Laurent Quaglio pour MINOR mais sans succès. Qui sait... Encore une fois merci pour cette belle et éclectique oeuvre que vous continuez à construire.
    A bientôt.

    Nicolas Bouvet

    PS : Je vous ai écrit hier soir ce même (ou presque) commentaire à un autre endroit sur votre blog. Je me permets de vous le renvoyer ici. Peut-être vous parviendra-t-il plus facilement.
  • zoun a posté :mardi 23 octobre 2007 19:15

    ça donne envie d'y assister

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