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Les mixages  posté le mercredi 31 octobre 2007 18:57

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, Les mixages

Le Grand Audi des Studios de Boulogne. La console avec Cyril aux commandes et derrière lui, Philippe

Pas de bon gaspacho sans bonnes tomates, sans un vinaigre et une huile de qualité, etc. Pour que le mélange soit bon, avant de battre le tout dans le magimix, il faut que les ingrédients soient bons et conçus les uns pour les autres.


C'est à ça que je sers pendant toute cette longue élaboration des sons. Quand j'écoute les bruitages, j'imagine le dialogue et la musique que j'ai entendus par ailleurs, et rectifie le tir en fonction. Après avoir écouté les ambiances et les effets, je préviens le musicien de ce contre quoi sa musique va se battre. Des fois, j'oublie et je me retrouve avec un basson qui sonne dans le même registre que le hurlement de loups lointains ou un trombone qui ponctue l'arrivée d'un sanglier en se confondant avec son propre grognement.


J'adore le mixage. C'est un moment immensément gratifiant. Au cours de ces séances je vais enfin écouter réunis ensemble des sons épars qui ont nécessité des centaines d'heure de travail. Je devrais dire LES mixages. On se retrouve aujourd'hui avec tellement de bandes séparées qu'il est impensable de se conserver tout ce fatras en finale.


Le plus important de tous est le "prémix dialogues".


Prémix dialogues
Direct de la prise, direct recalé d'une autre prise ou synchro, et quelle prise de synchro ? C'est souvent le premier des choix à faire. Ensuite il faut répartir chaque personnage dans l'espace, doser son niveau, corriger sa voix, la rendre intelligible en coupant les basses ou contraire rajouter des basses pour donner du coffre au personnage. C'est trois à quatre semaines de travail. Mais quand il est bien fait, la suite n'est que du plaisir. Pour cette opération, je suis en quasi permanence dans l'audi.

Prémix effets et bruitages
On choisit entre les différentes sources, souvent on les additionne. La porte grince mais pas assez dans les stridences. On va les chercher dans une des bandes effets. La tunique se déchire mais ça ressemble plus à du coton qu'à du chanvre brut. Il faut faire ressortir les aigus d'une des pistes du bruitage et diminuer la réverbération. Encore deux semaines de boulot, mais je suis présent seulement par intermittence.



Prémix ambiances
Ah la brise de mer qui brasse l'air du soir, les grillons nocturnes qui viennent enfin remplacer ces criquets du plein cagnard ainsi que le bruit du chantier lointain sur cette image poétiquement éclairée par la lune, mais tournée en nuit américaine sous le soleil vertical de midi ! Là encore, sans un judicieux placement dans l'espace, sans le niveau juste et les traitements acoustiques appropriés, il y a peu de chances de pouvoir confier à la bande son les émotions voulues (du coup on est tenté de palier en chargeant en musique). Généralement deux semaines de travail, en pointillé pour moi.



Mixage final
Un des grands moments jubilatoires de la fabrication du film, à condition que tout ait bien été conçu et préparé. Mais alors quel bonheur d'entendre enfin tous les éléments réunis, mariés ensemble, fusionnant leurs saveurs.


Au cours des années, j'ai appris à ne pas m'étourdir les oreilles. Je viens pendant qu'on charge la bobine et j'explique aux mixeurs le sens de chacune des scènes que nous allons redécouvrir. Ce que chacune doit dégager. Quelle est sa fonction dans le film, sa tonalité. Puis nous regardons ensemble. Eux généralement, connaissent tout par cœur mais découvrent la musique. Je guette leurs réactions du coin de l'œil, leurs premières réactions que traduisent spontanément leurs doigts sur les potentiomètres de la console. J'arrête ici et là pour reprendre, faire écouter à d'autres niveaux, indiquer mes intentions. Au bout d'une heure, j'ai fini. Ils me rappellent deux jours après. J'écoute, je jubile, nous procédons ensemble aux retouches qui prennent entre quelques heures et une demi-journée par section de dix-huit minutes.


J'ai eu la très grande chance de travailler dès mes débuts avec des stars de la discipline, d'abord en France, puis en Angleterre, en Allemagne et aux États-Unis. Philippe et Cyril sont de cette trempe-là. Cyril Holtz, le chef mixeur est aussi champion de cerf-volant. Il en a la grâce aérienne. Il sait que dans l'azur céleste l'échec ou la réussite ne tiennent qu'à un fil. C'est un champion tout court.


Ne croyez pas que je dis du bien de tout le monde. Je n'aurais pas survécu aussi longtemps  dans ce métier si je n'étais pas un monstre ordinaire. J'ai travaillé avec des connards, des trous du cul, des nuls, des super-nuls. Je ne me suis pas privé de leur dire, sans colère il est vrai. J'évite simplement de les retrouver sur mes plateaux.
Depuis quelques films, je suis entouré de collaborateurs merveilleux. Ils sont ma famille. Ils font le bonheur de ma vie.

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Tous les commentaires liés à l'article : Les mixages

  • Sébastien a posté :dimanche 04 novembre 2007 19:14

    Bonjour Mr. Annaud,

    je suis étudiant en son et j'effectue mon mémoire de fin d'année sur comment aborder le son au cinéma. Vu vos expériences des deux côtés de l'Atlantique, avez-vous remarquez une différence de mentalité sur l'utilité du son entre les Etats-Unis et la France. Car il semble que la France, plus conservatrice, accuse un retard face aux américains qui se sont mis au sound design depuis déjà quelques années. Les bandes sons Françaises semblent moins fournies, en tout cas moins tape à l'oeil, que leurs homologues Hollywoodiennes. La différence de moyen est bien sure une explication mais y a t'il une culture sonore différente?

    Il me serait très utile d'avoir l'avis d'un grand réalisateur comme vous. Merci pour tout.

    Sébastien.

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