Accueil Date de création : 26/06/07 / Dernière mise à jour : 10/01/08 11:24 / 131 articles publiés

L'étalonnage  posté le mardi 06 novembre 2007 10:40

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, L'étalonnage

Jean-Marie Dreujou le Chef-Opérateur, Jean-Jacques Annaud, Fabien Pascal l’étalonneur et Sarah responsable des VFX surveillent l’étalonnage

Depuis un certain nombre de films je m'étais résigné. Depuis La Guerre du feu, mes chefs opérateurs qui se donnaient un mal infini sur le plateau pour donner au film la meilleure image possible disparaissaient au moment crucial de l'étalonnage. Je m'étais résigné et passais chaque fois trois semaines complètes au labo à choisir en compagnie de l'étalonneur la densité et la colorimétrie de chacune des mille images de mon film. Ce film qui était déjà leur passé et était encore mon avenir.


Changement drastique avec Jean-Marie Dreujou. Lui, a organisé par deux fois, sur Deux Frères et sur Sa Majesté Minor son emploi du temps avec ce qu'il estime être la continuité de sa responsabilité. Il a refusé des films pour consacrer tout son mois de juillet à cette tâche essentielle.


De quoi s'agit-il ?

Il n'y a pas encore si longtemps, avec votre bon vieux Nikon ou votre Instamatic vous faisiez tirer vos photos chez le zig du coin. Elles revenaient pâlottes et bleutées. Vous accusiez votre incompétence. Non, il s'agissait d'une carence d'étalonnage. Tirées plus denses et plus dorées, vous auriez eu des photos proches de ce que vous aviez vu dans le viseur. Votre femme n'avait pas si mauvaise mine après tout.

Avec le numérique, tout le monde a plus ou moins une idée de ce que peut faire Photoshop. Vous pouvez densifier un fond, changer les couleurs du pull, éviter les yeux rouges. Nous travaillons avec un logiciel mille fois plus puissant, qui a la capacité de traiter vingt-quatre images animées de haute résolution par seconde, offre la possibilité de suivre les zones en mouvement et de les traiter dans le détail. Du coup, et c'est là la grande différence, on ne tourne plus de la même manière.

Quand autrefois il fallait demander à Michelle Morgan de ne plus bouger tandis que le chef opérateur trouait avec sa gitane le bas Dior tendu devant le parasoleil à l'endroit des yeux, on fait aujourd'hui à l'étalonnage, en quelques secondes, un masque animé qui va suivre les magnifiques pupilles de Mélanie Bernier et conserver leur bleu turquoise tandis qu'on fait jaunir le reste de l'image pour lui donner une tonalité plus vespérale.

Je me surprends encore à dire à Jean-Marie sur le tournage des phrases comme "tu ne trouves pas que le fond claque un peu ?", ou "tu ne crois pas qu'il y a trop de contraste entre les deux côtés du visage ?". Il me répondait : "Je mettrai un masque à l'étalonnage". L'affaire est réglée.

Autrefois, on aurait mis des volets montés sur pieds, des écrans, des trames tendues entre des cadres (lesquelles claquaient au moindre souffle d'air, rendant le son direct inutilisable). On aurait fait venir le groupe électrogène en bout de chemin, tendu des câbles à travers la campagne, sorti des arcs. On les aurait hissés sur des tours en échafaudages tubulaires qu'il aurait fallu édifier en toute hâte. C'était il y a seulement dix ans. Il y a des chefs ops en voie de disparition qui travaillent encore ainsi. Accrochés en plus à leurs vieilles certitudes, à leur irremplaçable pellicule 35 millimètres. Irremplaçable 35 mm, comme ils disent, jusqu'à ce qu'eux-mêmes soient remplacés.

Tandis que Jean-Marie a passé dix heures par jour pendant un mois à ce travail, je n'y ai consacré que quelques heures de mon temps hebdomadaire. Pour un résultat superbe je dois reconnaître. Comme pour le mixage ou le bruitage, je donne mes indications, je disparais, je vérifie, je fais corriger. Il m'arrive de revoir une bobine difficile une dizaine de fois. Les plus faciles ne demandent que trois ou quatre visionnages.

Autre différence de taille avec les récents temps anciens : depuis que le montage se fait sur support vidéo, on ne tire plus que quelques prises en 35 mm pour contrôle. En tournage HD, c'est pire, on ne tire plus rien du tout. On voit tout tout de suite, pendant le tournage, en très haute résolution, puis l'image dans toute sa splendeur disparaît dans le bunker où sont conservés les originaux.

On redécouvre les plans dans leur précision et leur éclat sur l'écran de la salle d'étalonnage. C'est un moment béni, on fait des "ho" et des "ha". Aussi quelques "oh merde" : un technicien dans le champ, un pied de projecteur en bord cadre, un câble électrique parmi les bruyères, le tout invisible dans la basse résolution des images qu'on vient de scruter pendant huit mois…

Retrouvez tous les articles

Déposez un commentaire !


Mieux vous connaître (facultatif) :

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.103.63.17) pour vous identifier.

Tous les commentaires liés à l'article : L'étalonnage

  • Ralph Iancu a posté :mardi 06 novembre 2007 20:13

    Le problème est que les petites et moyennes productions françaises comptent beaucoup trop sur l'étalonnage en post-production durant le tournage. Du coup, on se retrouve avec des images bleuées ou verdâtres assez ignobles et sans intérêt aucun.

    C'est un peu la représentation de la double philosophie du photographe contemporain. Un premier "shootera" en vitesse pour des raisons économiques et comptera avant tout sur des retouches sur gimp ou photoshop, un second prendra le temps d'avoir les rayons lumineux et la couleur naturelle voulue.

    Attention cependant, je ne dis pas que vous faites ici partie de la première catégorie; il est tout à fait normale de compter énormément sur l'étalonnage aujourd'hui, cependant beaucoup trop de réalisateurs considèrent cette étape comme le moment où l'on travaille réellement la "photo" (l'image, la couleur etc...).

    Evoluant dans le milieu du court-métrage, cotoyant des réalisateurs sans moyens, je sais que l'étalonnage est primordiale pour donner un caractère à l'image. Cependant, j'aime énormément attendre durant une heure avec mon équipe le rayon de soleil qui va traverser mon champ au bon moment et exciter la sensibilité de ma caméra. C'est irréaliste pour de plus grosses productions mais c'est aussi peut-être pour cela que le milieu du court-métrage français est infiniment plus vivant que celui du long en ce moment, loin des images et des couleurs attendues (bleu pâle, orange, vert).

    Personnellement, je travaille comme un ouvrier. Lorsque je tourne, j'enfile mon bleu de travail et je bosse avec mon équipe manuellement = je préfère prendre plusieurs jours pour créer un effet que verra l'acteur plutôt que d'ajouter en une heure ce même effet par ordinateur, effet alors invisible sur le plateau. Si cet effet est impossible à rendre physiquement, alors je le supprime du scénario pour le représenter autrement.

    C'est une philosophie simple de travail. On parvient parfois à un effet digne des Monty Python mais le film en ressort grandi et acquiert alors un véritable charisme.
  • zoun a posté :mardi 06 novembre 2007 17:22

    Quel est le nom de ce fameux logiciel?

 -