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Le DVD : un Pan and Scan, bonus et commentaire  posté le jeudi 10 janvier 2008 11:14

Pan and scan

Un soir, il y a bien des années de ça, je rentre chez moi et je vois à la télé des images qui me semblent familières mais que je ne reconnais pas tout de suite. Laurence, ma femme me lance depuis l'autre pièce : "Tiens, t'a vu, La Guerre du feu passe à la télé".

A cette époque j'avais cassé ma tirelire pour acheter le plus grand et le plus perfectionné des écrans qui existaient sur le marché. Le film passait dans son format original, en scope, avec deux larges bandes noires en haut de l'écran. Un frisson me saisit. On n'y voit rien. Mes acteurs sont de la taille d'une boîte d'allumettes, leurs visages de la grosseur d'un timbre poste. A l'époque, par moutonnisme, pour faire comme tout le monde, je m'étais battu avec les autres cinéastes pour que les films ne passent que dans leur format d'origine.


J'ai coupé la télé et changé mes idées.

D'abord, le format original d'un film de cinéma est… l'écran d'un cinéma. Un film sur un écran de télé n'est plus sur son support original. C'est comme un tableau. Pour voir un Rubens, il faut aller au musée. La toile fait trois mètres de haut sur deux mètres de côté. Il y a peu de repros dans les livres qui ont cette taille.


En toute logique, un auteur de films cohérent avec le concept de l'intouchabilité de l'œuvre originale devrait interdire toute diffusion ailleurs que sur grand écran. C'est d'ailleurs ce que j'ai fait avec les Ailes du courage, visible uniquement dans les salles Imax.


La plupart des films français ne sont tournés que parce qu'ils ont été financés par une chaîne de télé et Canal+. C'est la télé qui décide du cinéma. Les films internationaux, américains en tête, se remboursent de la manière suivante : 20 % les recettes salles, 20 % le câble + la télé hertzienne + les avions, 60 % le DVD. Moralité : 80 % des sous viennent des projections du film sur petit écran.


On ne cadre pas de la même manière quand on diffuse sur l'écran du Normandie ou du Grand Rex, ou sur la pastille d'un portable. Je le sais à chaque seconde quand, sur le tournage, je mets l'œil dans mon viseur. Depuis Le Nom de la Rose, j'ai pris conscience que je filmais une chose hybride, qui devait s'adapter à deux supports. Les plans larges comme je les aime chez David Lean pour les belles salles, les plans serrés séparés, sur chaque acteur, pour faire comprendre ce qui se passe à tous ceux qui allaient regarder mon film en bout de table face à leur tube cathodique en mangeant leurs pâtes.

Avec L'Ours, quelques années plus tard, j'ai fait un pas supplémentaire. Je me suis dit : "Et si j'avais fait ce film pour la télé, comment l'aurais-je cadré ?". La réponse est disponible sur les rayonnages des magasins de vidéo. Mes distributeurs commercialisent le film sous les deux formats : la version originale pour les puristes qui disposent d'un grand plasma ou d'un home cinéma, la version recadrée pour les autres, les plus nombreux, qui regardent leur petit écran de loin.

Cette version recadrée me prend une semaine de boulot. Je vais dans un labo spécialisé équipé pour le "Pan and Scan". Avec le technicien spécialisé, j'étudie chaque image et je décide comment la traiter en fonction des nécessités de la narration. Si le plan est trop large pour que l'expression de l'acteur soit compréhensible, je resserre. Si le plan fixe de paysage n'est pas assez lisible, je vais panoramiquer à l'intérieur et zoomer sur le détail qu'il est nécessaire de voir. Si l'image est trop sombre pour être supportée par un écran cathodique, je l'éclaircis et tasse le contraste. Voir les croquis ci-dessous pour comprendre...

Sacrilège disent les intégristes et autres talibans.

Mais lire la Bible de loin n'a aucun sens si vous ne pouvez pas voir le texte.
Mettre ici mes crobars.

En somme, plutôt que de se voiler la face ou de hurler dans la nuit étoilée, les metteurs en scène ont intérêt à retrousser leurs manches. Sinon c'est une machine qui fait le recadrage. Et là, bonjour les dégâts. 

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Tous les commentaires de l'article:
Le DVD : un Pan and Scan, bonus et commentaire

  • Louis Pesnot mailto

    lun 17 aoû 2009 08:53

    Juste une toute petite bafouille pour vous exprimer mon admiration... Je suis monteur (de télévision) et le temps que vous passez, aussi bien sur l'adaptation de vos films pour le petit écran que sur les traductions des versions originales, me semble témoigner d'un immense respect pour nous qui vous regardons. Un grand merci de la part de tous ceux, comme moi, que vous avez fait rêver tant de fois...

  • Aline mailto

    dim 22 fév 2009 08:13

    Excellent !

  • 67-ciné.gi en 200

    dim 18 jan 2009 00:22

    nouveau blogue 67-ciné.gi <le cinéma à strasbourg> en 2009 :

    http://67-cine.gi-2009a.over-blog.net/

  • verso74@neuf.fr mailto

    lun 29 déc 2008 00:01

    je voulais juste rajouter quelque chose pris de but en blanc je croyais que ma télé avait changé de mode je ne suis pas très télé ni très ciné je prends les choses comme elles viennent que ce soit bouquin musique dans la rue ou dans les emotions des personnes que je croise mais la clarté et la lumière du film m ont enchantées je ne suis même pas pas adepte des films avec les animaux d ailleurs j ai une phobie pour les cirques mes enfants de 15 eet 9 ans en patissentr!! mais bon je ne peux pas mais je vais leur montrer au plus tot votre film merci encore pour cette 2ème lecture

  • verso74@neuf.fr mailto

    dim 28 déc 2008 23:45

    je voulais juste laisser un message a jjannaud je viens de voir les 2 frères je ne savais pas, je ne savais pas qu on pouvait faire un film d une telle sensibilité il y a tellement de psychologie tellement de ressemblance humaine qu on ne devrait pas passer à coté il est dur de trouver les bons mots dans ces moments là et pourtant je ne suis rien ni psy ni pédagogue ni porteuse de bonnes paroles mais je viens de vivre noêl avec mon frère et nos parents décédés et j ai trouvé la juste parole face à uneblessure jamais fermée je vous remercie de m avoir lue

  • David

    mer 10 déc 2008 23:14

    Bonjour Mr Annaud.
    Très étonnant que vous ayez un blog avec nous autres simples mortels spectateurs.
    Depuis "La guerre du feu" au "Nom de la Rose" en passant par le magistral "Stalingrad" vous m'avez conquis sur grand ou petit écran.
    C'est une remarque pertinente sur le pan&scan. C'est un problème récurant des films à la télévision un peu comme le VO ou la colorisation. Cependant depuis la démocratisation des écrans 16/9 le problème se pose moins.
    Malheureusement, de nombreuses chaines (qui se disent haute définition [lors de la dernière diffusion du "Nom de la Rose" sur France 3, le 16/9 était.... étrange]) sont absolument incapable de passer ce genre de film en 16/9. Certaines ont encore l'affreux Cinemascope Letter Box!
    Merci de prendre sur votre temps pour adapter au mieux vos films au passage télé.

  • Zoun

    ven 07 nov 2008 00:38

    ben finalement je l'ai vu et... hélas, grand hélas...c'est vrai que j'ai pas accroché.. j'aurai voulu dire que ce film m'a passionné autant que cet excellent blog mais il n'en ai rien. Il manque quelque chose.. peut-être d'authenticité, je ne sais pas. Ca se regarde, mais le problème c'est que ça se regarde justement. Sans envie véritable. C'est inégale. Le personnage n'est peut-être pas assez attachant. Pourtant il y a quelques bonnes scènes. En même temps, on peut pas toujours faire des chefs- d'oeuvre !

  • Sylvie LeGouic mailto

    mar 04 nov 2008 11:12

    J'ai découvert 2 choses cette nuit : votre film Minor (sur Canal+) et votre blog...
    Les deux m'ont enchantée. J'aime beaucoup votre fable truculente, dont le passage fugitif sur les grands écrans m'avait échappé (pas de promotion ? pas de durée ). C'est inattendu dans les styles cinématographiques actuels et le côté vieillot (cartons, aspect fable cochonne, comique un peu Fellini, couleurs chaudes et douces) me font penser à un livre appartenant à ma mère (97ans aux prunes) : "les Histoires risquées des Dames de Moncontour" joliment croustillantes et émoustillantes.
    C'est beaucoup de fraîcheur et c'est bien tourné.
    Et tourné.
    Sur le plan technique votre blog est aussi très étonnant : une mine de richesses, d'information à tous les niveaux (de la conception aux détails de la réalisation image et sonore).
    J'en ai oublié d'aller dormir, de pages en pages, plongée dans les choix de musiciens, d'instruments, de détails de tournage... Comment prenez-vous le temps de mettre tout cela à disposition de lecteurs de web ? J'ai remarqué (mais rapidement, j'ai zappé) que beaucoup étaient réalisateurs eux-même. Peut-être qu'il faut être impliqué dans le cinéma pour goûter tous ces détails. Je fais moi-même de petits documentaires sur des artistes (peintres) à l'œuvre en DV et j'ai beaucoup filmé des enfants en classe au travail.

    Je suis conquise !
    Merci.
    Je vais chercher le DVD pour savourer tout cela sur mon petit écran, à défaut du grand.

    Je n'ai pas de blog. Je n'aime pas parler de moi. Mais j'ai fait des sites.
    http:// jc.legouic.free.fr

  • Marc Le Prunennec mailto

    mer 15 oct 2008 16:16

    Je viens de tomber par hasard sur votre blog et suis particulièrement surpris de lire votre argumentaire en faveur du recadrage des films pour une diffusion télévisuelle. "lire la Bible de loin n'a aucun sens si vous ne pouvez pas voir le texte". D'accord mais qu'est ce qui empêche de lecteur de se rapprocher du livre ?
    Les films en scope diffusés à la télé dans leur format d'origine ne sont pas aussi illisibles que vous semblez l'imaginer (même sans téléviseur gigantesque). Lorsque vous prenez comme exemple le cas des téléspectateurs qui regardent des films en mangeant devant la télé je finis par me demander quel est l'intérêt d'un travail de recadrage pour des téléspectateurs de toute façon inattentifs.
    De plus, lorsque vous zoomez ou recadrez sur des détails, vous "bricolez" un autre film car, vous le savez mieux que moi, un film n'est pas qu'un scénario ou une bonne histoire c'est aussi le résultat de choix de mise en scène, de cadrages et de montage. Votre travail, tel que vous le décrivez , semble consister à pointer du doigt sur des détails. Là où le spectateur du film en scope devait "lire" l'image, celui du film recadré n'a plus qu'à suivre les flèches.
    Bien sûr, le fait que vous vous occupiez personnellement de vos films est un gage de travail honnête et réfléchi mais, pour avoir supporter la vision de films recadrés en VHS (j'ai été traumatisé par la vision de "20.000 lieux sous les mers" de R. Fleischer : un massacre), votre texte me fait frémir.
    Au début des années 80, un éditeur vidéo interviewé dans la revue "Mad Movies" disait préférer le pan and scan parce que c'était moins onéreux pour lui (!) et parce que les acheteurs de VHS préféraient avoir une image qui emplissait bien leur écran.
    Autant votre texte m'aurait ravi il y a 25 ans (mieux vaut un réalisateur aux commandes qu'un anonyme), autant en 2008 je ne le comprend pas. Peut-être suis je un intégriste
    PS : je viens de voir "sa majesté Minor" (en scope sur canal+) et je suis très surpris de l'accueil critique qui vous fut fait. Si je ne considère pas ce film comme votre chef d'oeuvre il ne méritait pourtant pas de recevoir une telle volée de bois vert. En fait, je lui reprocherais même de ne pas être plus paillard, érotique ou même déviant.

  • Julie mailto

    jeu 05 jun 2008 21:31

    Bonjour Mr Anneaud
    j'ai une proposition de film, qui je pense pourrait avoir un succès beaucoup plus important que "Harry Potter" , il toucherais un publique très large. C'est à prendre très au sérieux !
    La série ( en livre ) s'appelle "La guerre des clans"