Accueil Date de création : 09/07/07 Dernière mise à jour : 10/01/08 11:14 / 131 articles publiés
 

Le making of  posté le mercredi 02 janvier 2008 10:09

                       Dominique Cheminal, Réalisateur du Making-Of , en action sur le tournage

Là, franchement, j'ai peu à faire, en tout cas depuis que Dominique Cheminal me fait la joie de se charger de ce film sur le film. Dominique a gagné le prix du meilleur Making of pour Deux Frères.


Ça n'a pas toujours été le cas. Je me souviens de séances épiques sur le documentaire de L'Amant, où le malheureux Michel Parbot, qui en était le réalisateur, devait affronter les vociférations hebdomadaires de mon attachée de presse de l'époque. Une après-midi par semaine, il fallait entrer sur le ring et tenter de jouer à l'arbitre. Je me sentais comme ces pilotes des avions météo qui se signent avant d'entrer dans l'œil du typhon.


Dominique a été mon premier assistant sur mes premiers films. Il est marié à Noëlle Boisson ma monteuse chérie. On se connaît depuis l'école de cinéma. Il peut tout filmer, tout dire. Christine, sa monteuse à lui, est une québécoise épatante et malicieuse qui a été assistante de Noëlle sur 7 Ans au Tibet. Je les laisse faire, ce sont de vrais amis.


Après cinq mois de boulot, ils me présentent le travail. Je regarde avec Xavier. Nous lui faisons part de nos réactions. Il en fait ce qu'il veut, revient avec une seconde proposition. Noëlle regarde à son tour. C'est elle la plus sévère. Encore quelques retouches et banco.


C'est en préparation et pendant le tournage qu'avec son œil charmeur Cheminal va à la pêche aux idées. J'aime dîner à côté de lui pendant les repérages, sa compagnie apaisante me plaît sur le tournage pendant la pause du déjeuner. C'est en fait dans ces moments-là, l'air de rien, qu'il me tire les vers du nez et fait fonctionner sa moulinette...

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Introduction à l'ouverture du Festival du Making of de Romorantin  posté le mercredi 02 janvier 2008 10:05

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Dominique Cheminal pendant l’enregistrement de la Cobla en Catalogne  posté le mercredi 02 janvier 2008 10:02

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Les versions étrangères, remontages, sous-titrages et doublages  posté le jeudi 27 décembre 2007 16:21

Note : ce texte a été écrit avant la sortie du film.

http://jjannaud.blog.toutlecine.com/1519/Note-le-texte-qui-suit-a-ete-ecrit-avant-la-sortie-du-film-en-salles/ 



"Cachez ce sein…"


Aucun peuple ne se ressemble tout à fait. Les Japonais deviennent fous s'ils voient des poils pubiens. La violence n'est jamais censurée pour les yeux américains, mais l'amour charnel leur est insupportable. Les Scandinaves détestent les acteurs mal lavés, les Anglais sont révulsés si un dada ou un toutou donne l'impression d'avoir bobo à l'écran, etc.

Dans les années 50, les chevilles de femmes rendaient le Vatican dingue, au point qu'entre le "plan américain" (coupé en dessous de la taille) et le "plan en pied" (ou "plan moyen coupé sous la chaussure") il y avait le "plan italien" (coupé à l'ourlet de la robe, laquelle tombait au-dessus de la cheville).

Presque toujours je suis amené à retirer un plan ou deux pour certains pays afin d'y rendre le film diffusable. Considérant que pour faire passer le même message on n'écrit pas les mêmes mots à sa fille qu'à sa grand-mère, je me prête à cet ajustage dans la mesure où il n'affecte pas l'essentiel. Idem pour les versions montrées dans les avions (pas d'accidents d'avion, pas d'accident tout court, pas de terroristes, etc.). Deux Frères n'est pas passé sur Air France. Je crois me souvenir qu'ils refusaient les coups de feu et le chagrin provoqué par le chasseur. J'ai refusé.


La Guerre du feu
Pour ce film sans sous-titres, on pourrait imaginer que tous les pays ont montré le même film. Faux. Pour sortir en Angleterre, j'ai été amené à couper 3 secondes. En début de film, on voit un des néanderthaliens balancer un brandon sur un loup. Un centimètre carré de sa fourrure grésille brièvement. Pour ajouter au réalisme, j'avais moi-même enregistré avec ma voix un cri apeuré genre "you-whawha-yii" qu'on peut entendre sur la bande son. Trop de souffrance pour un public briton, qui ne s'est pas formalisé de la cruelle bataille qui suit, avec mains écrasée, pieu enfoncé dans l'œil de l'assaillant, etc.

L'Ours
Aux États-Unis, comme on le sait, les gentils ours n'attaquent pas les gentilles biches, ne mangent pas de viande. En fait, dans cet heureux pays de la tendresse universelle, les ours lèchent des pots de miel pasteurisé et mâchonnent des marshmallows emballés sous vide. Donc il m'a fallu virer une brève scène de chasse après laquelle mon ourson repus s'endormait le museau ensanglanté contre une carcasse de cerf à demi-dévorée.


L'Amant
"Did she or didn't she ?". En somme "S'est-elle fait mettre par le Chinois ou est-ce du cinéma ?" Question qui a fait les titres des tabloïds du monde anglo-saxon pendant des semaines. Si ça avait été un blond genre Brad Pitt, la question n'aurait sans doute jamais été posée, tout le monde aurait espéré que she did. Pour couper court (ahah) j'ai supprimé 22 images, lesquelles, en raison de l'angulation prêtaient à équivoque. Un peu moins d'une seconde donc sur les versions destinées aux écrans des pays de la "coalition of the willing", vous savez les braves, les purs, qui ont amené la démocratie dans les rues de Bagdad.
Sur les écrans du Japon, pour le même film, Jane March quand elle est à poil, se balade avec un halo rose à la jointure des jambes (on appelle ça un "flouté"), un truc qui ressemble à un accessoire pour pom-pom girl ou bien à la houppette rose que ma tante avait dans son poudrier.


Tout ceci est absolument plaisant et fait rigoler dans les dîners je vous l'accorde. N'empêche qu'il faut faire le boulot, couper, rapiécer les sons, faire des rustines de mixage, refaire des internégatifs au labo, repérer à la table de montage tous les plans où il y a matière à houppette, choisir le modèle, surveiller l'exécution. Que de temps passé, que de temps perdu !

Sous-titrage
Quand je tourne en langue anglaise, il est bien évident que mon premier souci est de livrer pour la France une VO correctement sous-titrée. C'est cette version qui sera montrée en premier aux exploitants et aux médias, en attendant la version doublée.
Je rappelle que la France est un des rares pays à proposer les films en double version, VO sous-titrée et VF doublée. Dans la plupart des pays à population suffisamment importante pour s'offrir les frais d'un doublage les films américains ne sortent que dans la version doublée en langue locale. Seuls les films jugés trop peu commerciaux sortent avec sous-titres et ne sont de ce fait diffusés que dans un circuit restreint de petites salles spécialisées.

En France, le nombre de copies en VO est compris entre 5 et 20 % du total. Plus le film est "spécialisé" et destiné à un public raffiné, plus le pourcentage de VO est fort.
Le sous-titrage est une discipline beaucoup plus complexe que la simple traduction. En fonction de sa durée, chaque plan ne peut recevoir qu'un nombre limité de caractères. Il faut non seulement choisir des mots courts mais souvent recourir à une approximation ou encore faire passer à la trappe toute une section du dialogue.
On me soumet bien évidemment les propositions de sous-titrage. Je passe de nombreuses heures à réfléchir, à proposer, à amender, souvent en compagnie du sous-titreur, pour essayer de faire coller le texte écrit à l'original.

On n'est pas sorti d'affaire avec les sous-titres français pour autant : il reste à concocter les sous-titres suisses et belges. Dans ces pays, il y a bien deux lignes par plan comme chez nous, mais celle du haut est en flamand, celle du bas en wallon. Il faut donc condenser le texte encore plus, le réduire de moitié. Chez les montagnards de la confédération helvétique, la ligne du dessus est en allemand, celle du dessous en français du Valais. Il y en a parfois une en italien en bas, s'il reste de la place. Je vous dis pas le casse-tête.

Comme je baragouine l'italien, je vérifie ces sous-titres là aussi. Je file l'espagnol à Xavier, qui comme son nom l'indique est du pays où tous les garçons s'appellent Javier ou José et les filles Maria. Xavier refile d'ailleurs la patate chaude à son père qui est passionné par les problèmes de traduction entre sa langue maternelle et celle de son pays d'accueil.

Pour l'allemand, le japonais, le coréen, le finnois, l'inuktitut, je m'en remets à Dieu.


Doublage
Alors là, fini la plaisanterie. C'est au bas mot un mois de boulot qui se profile à l'horizon. Un mois pour la VF si le film est en anglais, ou un mois pour la VA si le film est en français. Choisir les acteurs, écouter des exemples de voix, les diriger exactement comme pour une postsynchro, choisir les prises, refaire les perspectives, les niveaux et les réverbs pour le prémix parole, superviser le mixage définitif.

Pendant ce temps-là, je me tartine en plus l'audition d'heures d'exemples de voix pour les doublages dans les principaux autres pays qui vont suivre. Pour l'Allemagne, l'Italie, le Japon, j'exige au grand désespoir de mes distributeurs de choisir les voix pour tous les rôles. Pour les pays de langue espagnole c'est l'enfer : il faut doubler en castillan, en catalan, en mexicain pour l'Amérique centrale et en argentin pour ceux du bas. Sinon c'est le fou rire, comme si on doublait nos films en québécois. Ce qui, blague à part, m'est arrivé pour le disque laser de 7 Ans au Tibet. Brad avec l'accent chicoutimi, je conseille. Idem pour le Portugal et le Brésil, idem pour la Chine avec le mandarin et le cantonais. On m'envoie les mixages pour approbation ou je vais les écouter sur place.

Et puis, arrive le moment où je suis pris de tournis. J'abandonne.

Des années après, quand je m'ennuie, c'est-à-dire jamais, j'écoute Le Nom de la Rose en basque, L'Amant en lapon, Stalingrad en malais…

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Note : le texte qui suit a été écrit avant la sortie du film en salles.  posté le vendredi 21 décembre 2007 16:28

A la demande de certains membres bien intentionnés de mon entourage, j'avais accepté de surseoir à la diffusion des pages qui suivent et de les amender à la suite de la sortie désolante du film en salle.

J'ai lanterné avant de me recoller au travail. A la manière d'un pompier, j'ai couru de radio en télé, de Belgique en Suisse, de Sarlat en Périgord à Manaus en Amazonie. On m'a rendu des hommages, on m'a nommé à l'Académie (depuis le 6 décembre je suis membre de l'Institut de France, Immortel, mauvaise nouvelle pour la Sécu). J'ai accepté de parrainer diverses association et manifestations à la gloire de l'Art en général et du 7ème en particulier. J'ai serré les mains de pas mal de gouverneurs, de ministres, de responsables culturels, de maires, de conseillers généraux. J'en ai embrassé certains, surtout certaines, des moites, des grands, des mignonnes, des ridées. Et puis j'ai relu les pages écrites dans le feu de l'action, à l'époque où je finissais le film.

J'ai décidé de ne rien changer. Je vous livre les pages telles quelles, telles qu'elles ont été écrites avant le résultat de la bataille. A la veille d'Austerlitz ou de Waterloo, on ne sait pas si le lieu de l'empoignade deviendra le nom d'une gare dans la capitale de son pays ou de celle de son ennemi.

Voici donc ce que j'ai pensé et écrit avant de savoir.

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