Accueil Date de création : 26/06/07 / Dernière mise à jour : 10/01/08 11:24 / 131 articles publiés

La genèse de Sa Majesté Minor  posté le lundi 09 juillet 2007 23:01

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, La genèse de Sa Majesté Minor

Sur le plateau de Sa Majesté Minor, avec mon Chef Opérateur Jean-Marie Dreujou (Photo DR) 

C'était en 2004, juste avant Noël. Dans ma boîte aux lettres, une enveloppe bistre avec des feuillets à l'intérieur et un petit mot de Gérard (Gérard Brach, le génial ermite qui a écrit pour moi La Guerre du feu, le Nom de la rose, L'Ours et L'Amant). Gérard me parlait de fulgurance, après une interminable période de jachère. Il avait passé un long séjour à l'hôpital. A sa sortie, saisi par une soudaine exubérance, il s'était jeté dans l'écriture de ces pages dont il rêvait depuis longtemps et qu'il avait intitulé "le Grand Pan", du nom du Dieu grec des bergers, des forêts et de la puissance sexuelle.

"En m’inspirant de l’immense richesse de la mythologie grecque j’ai conçu ce texte insolent, iconoclaste, manipulateur. J’ai dévié certains mythes, en ai retourné d’autres, bousculant des tabous, explorant des complexes. Franchissant les interdits, l’histoire se présente sous forme d’une légende antique, baroque, insolente, grotesque, drolatique et dramatique. Elle se déroule au XVIIe siècle avant J.-C. sur une île imaginaire des Cyclades."

Le lendemain, ma réponse :

"Je viens de lire trente cinq pages de flamboyance. C'est toi, dans ton meilleur, dans ta folie, dans ta tendresse iconoclaste, dans ta violence illuminée. Comme tu le suggères dans ton petit mot manuscrit, ce texte est comme un éclat de lumière. Il ne ressemble à rien, sauf à toi, très fort. Il est d'une démentielle originalité, il est décalé, à côté, ailleurs, partout. Il charme, il émeut, il fait rire, il fait peur."

Depuis des années je regrettais le silence de ce compagnon des belles aventures qu'avaient été quatre de mes films préférés. Il avait eu un problème de gorge. Parler était devenu de plus en plus douloureux. Il s'était progressivement réfugié dans le mutisme. Et comme si la gorge avait contaminé la main, l'aphasie s'était peu à peu doublée d'agraphie. Pendant des années, Gérard n'avait plus écrit.

Soudain il ressuscitait.

Ce film qui restait en grande partie à écrire réunissait tous les ingrédients du bonheur. Une époque intacte, laissée vierge par le cinéma. Un film gai, païen et libre. Une comédie – enfin – un genre auquel je bouillais de revenir. Un sujet méditerranéen, plein de soleil, de mer émeraude et de garrigue aux senteurs de romarin. Une extravagance en dehors de toute convenance, de toute mode, de toute raison. Une façon de raconter insolente, impressionniste, baroque, imprudente. Un mélange détonnant et étonnant de tous les thèmes qui avaient été les nôtres pendant nos collaborations précédentes. Une incursion dans la mythologie, un monde magique qui avait tellement fait rêver le petit banlieusard que j'étais ! Et puis la Grèce antique ! Pré-antique, encore mieux, moi l'helléniste amoureux d'Hésiode, le poète des temps archaïques ! Bon la décision était prise, ce serait mon prochain film…

J'avais pris la décision en marchant dans mon verger derrière la maison. Face à moi se dressait un pommier fatigué que je connaissais bien. Au printemps, après de longues années de stérilité et de bois mort je l'avais vu se transformer en feu d'artifice de fleurs roses. L'automne avait été son triomphe. Il s'était couvert de milliers de pommes. La récolte avait été étonnante. Je pressentais que ce serait la dernière. Souvent les arbres fruitiers, comme les cygnes, meurent à la fin d'un chant, dans l'éclat d'une dernière offrande.

Gérard Brach est mort en septembre 2006, quatre jours après le début du tournage.

Retrouvez tous les articles

Déposez un commentaire !


Mieux vous connaître (facultatif) :

Attention, les propos injurieux, racistes, etc. sont interdits sur ce site.
Si une personne porte plainte, nous utiliserons votre adresse internet (38.103.63.17) pour vous identifier.

Tous les commentaires liés à l'article : La genèse de Sa Majesté Minor

  • Léandre a posté :jeudi 28 février 2008 11:53

    Un signe surement...
    Sa majesté Minor nous enmène dans un monde incroyable. Pour moi le cinema doit nous dépayisé, nous sortir du quotidien dans un monde qui n'est pas le notre afin de nous évader( comme la lecture)
    Sa majesté Minor le fait très bien.
  • Fred Dupuis a posté :lundi 25 février 2008 09:46

    Bonjour Jean-Jacques Annaud et très heureux de vous joindre.

    Je suis ingénieur du son et compositeur pendant mes heures libres. Me prive de la télé réalité que j'apparente à une arme dévastatrice. Mes enfants ne consultent que des oeuvres cinématographiques et profitent de nos longues ballades à découvrir notre région d'Auvergne. Ils m'aident à tenir mes perches pour la capture sonore que j'exploite ici.

    je vénère votre travail, j'ai déja 37 ans et suis saturé de composition qui restent pudiques. aussi je voulais vous demander une petite faveur . C'est peut être de la vilaine curiosité mais . Je voudrai avoir une chance de vous proposer d'entendre ce que vous filmer et de vivre ce vous entendez.

    Je suis compositeur , certaines de mes compositions plagiées sont devenues pudiques, par sécurité.

    Avec une hâte et un plaisir de vous lire...

    Frédéric Dupuis
    0473954077
    0621770322
  • lorena a posté :dimanche 16 décembre 2007 22:58

    les paroles ne sont pas suffisantes pour exprimer la douleur que je sens. siento muchísimo lo de su camarada.J'ai perdu mon père ça fait qu'un mois.les larmes glissent sur mes joues et j'essaie de m'essuyer. mon frère est entré, car c'et son chambre.et des minutes plus tard ma mère. maintenant je reviens à rester toute seule. ou au moins je croyais ça pour des petites secondes. bon ça ne fait rien, mon frère il ne me dérange pas, il est un soleil ! Bon, seulement quelquefois. Peut-être cet écrit, il est pas trop courante. peut-être c'est à cause de ça que je vous écris. l¡émotion me vuelve a embargar après la lecture de votre écrit. la nature quelle est belle! et si durcissante,la fin d'un chant dans les souvenirs de sa pr´sence.

    En ce moment-là la seule chose que je vous dis, ou au moinsce que je crois que c'est le plus approprié: Bon courage et il faut pas se laisser abattre


  • Ferri Osvaldo a posté :mardi 16 octobre 2007 17:45

    Bonjour Jean Jacques, je suis la personne qui te a donne un enveloppe a Geneve, avec un proyect que je reve de faire depuis des annes, je suis en train de ecrire une adaptation du livre L'Utopie de Thomas More, mon adaptation comenze au 200 avant JC, cuand le Roi Utopo conquete Utopie et funde la nuovelle Republique, je adicione une histoire de amour au livre socio-politique de More, je veut montrer la l'ile de utopie, que ce un monde que jamais a existe...la Reine de Utopie et Rafael Hytlodeo, qui arrive a Utopie, il va tout aprendre et lui va a devenir le narrateur de la utopie....je suis convaincu que vous ce le mellieur realizateur pour faire cette histoire que ce vierge dans le monde du cinema,,,,je aimerais que soit tu le realizateur de cette proyect fou....
    je me excuse pour mon français.....une outre chose...je ecris le scenario en espagnol, et je a parle avec Jose Garcia, je donnerais volontiers le role de Rafael Hytlodeo a lui...
    merci pour votre atention.
    Osvaldo Ferri.
  • zoun a posté :vendredi 28 septembre 2007 18:20

    Je viens de lire cet article.
    Je me suis dit tout d'abord (en lisant les premières lignes) que c'était une jolie histoire.
    J'avoue que je ne connaissais pas le nom de Gérard Brach .

    L'amant, La guerre du feu, Le nom de la Rose je connaissais. Le conteur de ces histoires (vous-même) je connaissais aussi. Mais le créateur, maintenant que je sais qui il est, il n'est plus.


    C'est en tout cas un bien bel hommage que vous lui faite.
  • Sebastien Briquet a posté :jeudi 27 septembre 2007 20:01

    Je pose une question à Jean-Jacques Annaud : Il y a dans tous vos films une dimension à la fois très réfléchie et profondément irrationnelle. Vous semblez échapper au monde contemporain tout en dévoilant les fondements qui permettent de le comprendre, d'y mettre du sens et d'y exister avec authenticité. La Bible est à mes yeux la plus grande la plus grande source de thèmes et de méditations qui s'inscrit dans cette dialectique. Vous en inspirez-vous ? Avez-vous déjà songé à réaliser un film traitant de ses "petits sujets" qui transfigurent la vie moderne ?
  • Succubus a posté :jeudi 27 septembre 2007 10:14

    bonjour monsieur Annaud j'ai visitée avec grand plaisir votre blog vous etes un cinéastre de talent et de jour en jour vous etes d'avantage etonnement surprenant au grand bonheur de vos fans dont je fait parti je vous remercie pour tous ce que vous apportez au cinéma
  • Stéphane a posté :lundi 23 juillet 2007 14:02

    Bonjour Monsieur Annaud,

    Je me souviens d'un n° du magazine Première début 1990 où vous parliez de vos projets : l'adaptation de du roman de M. Duras "l'Amant" et un film sur les Esquimaux.
    Qu'en est-il de cet énorme projet ?
    Allez-vous le ressortir de vos cartons que vous cachez dans une grange (on l'aperçoit dans le documentaire qui accompagne le DVD Coup de tête)

    J'ai également entendu parler de l'adaptation du roman de Laurent Gaudé "La mort du roi tsongor".
    Vous seriez le réalisateur idéal pour ce genre de projet.

    Merci pour le bonheur que vous nous procurez

    Stéphane
  • Rafaël a posté :dimanche 22 juillet 2007 11:57

    Bonjour M. Annaud,

    encore un grand film de votre part. J'ai adoré le ton du teaser que l'on commence à voir. José Garcia et Vincent Cassel dans des rôles à la mesure de leur talent. Merci à vous et à Gérard là haut au milieu des étoiles.
  • Jérôme a posté :jeudi 19 juillet 2007 13:44

    Gérard Brach était un grand sénariste
    bravo et bon courage

 - Les 10 suivants >>>