Accueil Date de création : 26/06/07 / Dernière mise à jour : 10/01/08 11:24 / 131 articles publiés

La lyre avant patine  posté le mardi 14 août 2007 19:36

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, La lyre avant patine
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La lyre après la patine  posté le mardi 14 août 2007 19:30

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, La lyre après la patine
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La lyre inaccordable, la flûte injouable  posté le dimanche 12 août 2007 18:48

La lyre est un instrument très ancien, très primitif, originellement constitué de cinq boyaux séchés tendus entre des cornes d'antilope, lesquelles lui donnent sa forme très caractéristique. La caisse de résonance est faite d'une peau tendue sur une carapace de tortue. Plus tard, tout cela sera "modernisé", les cornes seront remplacées par des branches de noisetier et le résonateur creusé dans de la loupe d'olivier.


Sa Majesté Minor se déroule dans une île indéterminée de la Mer Égée, dans la période dite du proto-bronze, époque de transition entre le néolithique et l'âge des métaux. Selon les lieux considérés, on se situe entre 6 000 et 1 600 avant notre ère. Dans tous les cas, il s'agit d'une époque très archaïque. Il nous fallait donc une lyre des premiers âges. Pas de problème. On me dégotte vite LE spécialiste mondial de la fabrication de lyre antique. Le type vit à Tanger, a un carnet de commande qui ressemble à celui de Boeing : la musique antique est à la mode, il a du mal à fournir. Problème à surmonter : les tortues font partie des espèces protégées, il faut donc s'assurer que la carapace provient bien d'un magasin d'antiquaire et non d'un élevage clandestin. Je vous passe les détails dont on me tient chaque jour informé. Quelques jours avant le premier tour de manivelle le précieux instrument arrive sur le tournage. Il sonne délicieusement. Je rouspète parce qu'il a l'air sorti d'un magasin de souvenirs pour touristes. Je demande qu'on le patine. Le lendemain, l'objet revient tout beau, tout vieux. Il a été soigneusement enduit d'une couche de colle pour lui donné le look souhaité. Dorénavant, il est inaccordable, les cordes ayant été fixées pour toujours à la super-glu.  Sergio Perris-Mencheta, l'acteur qui joue le rôle du poète Karkos, s'est entraîné depuis des semaines sur un instrument moderne et mélodieux. Il sera au désespoir pendant tout le tournage, incapable de faire sortir de sa lyre autre chose que des notes à dessécher les mamelles des chèvres. Et, bien sûr, impossible pour nous d'obtenir de notre luthier surbooké le moindre espoir d'obtenir une autre lyre avant la fin du tournage…


Vincent Cassel n'a pas été mieux loti avec sa flûte de Pan. Lui aussi est allé prendre des cours de syrinx chez un spécialiste de la côte basque avec un instrument provisoire. Celui qui a été confectionné pour le tournage selon les modèles antiques fournis par nos savants de la Sorbonne est parfait au plan visuel, très juste au plan sonore… sauf que l'air composé par Alberto Iglesias, obtenu au dernier moment, est injouable sur l'instrument. Désespoir de Vincent, qui a de l'oreille plus que jamais puisque pour le rôle elle est pointue et surdimensionnée. Il se résout à faire semblant, à jouer faux. De désespoir, il se ronge les sabots entre chaque prise.
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La musique pendant le tournage et le premier montage  posté le mercredi 08 août 2007 10:49

À moins de faire une comédie musicale où il faut composer la plus grande partie de la musique très en amont du tournage pour permettre aux danseurs et aux chanteurs de répéter, le compositeur a généralement très peu à faire avant le tournage. Très souvent il n'est d'ailleurs choisi qu'après le tournage.


Dans le cas de Sa Majesté Minor nous avions quelques scènes de musique "source" à l'image : trois moments où Vincent Cassel devait, dans son rôle de Dieu Pan, jouer de la flûte qui porte son nom. Deux moments où le personnage de Karkos, poète aux muscles d'airain qui joue de la lyre, chante son aubade à sa promise. Et enfin deux scènes de foule, la première où les villageois sont entraînés dans une farandole débridée, la seconde pour une danse joyeuse et barbare à la manière des danses guerrières de la Crête préminoenne.


Dans la musique de film, il y a différents types de musiques : celle SOUS le film et celle DANS le film, celle qui accompagne l'action ou les émotions (les Anglo-saxons l'appellent "score"), et celle qui vient d'une source musicale à l'image (les mêmes l'appellent justement "source"). Dans une poursuite, l'orchestre qui soutient l'intensité c'est le "score". Dans une scène où un groupe joue sur scène c'est de la musique "source".


Quelques jours après avoir reçu le feu vert de nos financiers pour lancer le film (Studio Canal), patatras ! Alberto est injoignable. Son fils de 20 ans est au bord de la mort à l'hôpital, terrassé par une maladie imprévisible. Nous sommes tous terriblement inquiets pendant un mois. Finalement, le fiston se remet mieux qu'Alberto qui reste sous le choc. Il nous livre tardivement les partitions tant attendues, nécessaires pour que les comédiens répètent ainsi que les figurants. Les musiques sont exquises et les comédiens font de leur mieux pour s'adapter au dernier moment.


Alberto part aux USA faire la musique d'un film américain. Je reste sous le soleil d'Espagne et démarre le tournage.

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Le choix du compositeur, première discussion  posté le vendredi 03 août 2007 10:58

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, Le choix du compositeur, première discussion

Cas d'école d'une musique "source" diffusée en playback pendant le tournage : les acteurs et figurants dansent sur la maquette composée à l'avance par Alberto Iglesias.


Il y a quelques années j'étais l'invité du festival du Film de Gand en Belgique. J'accompagnais Gabriel Yared (qui a composé la musique de mon film L'Amant et aussi de mon moyen métrage en relief pour le format Imax Les Ailes du courage) auquel je devais remettre un trophée. Je participais aussi à une série de séminaires consacrés aux relations entre l'image filmée et la musique, entre le metteur en scène et le compositeur. J'ai beaucoup sympathisé à cette occasion avec Alberto Iglesias, le compositeur madrilène qui a signé la plupart des films d'Almodovar.


Sa Majesté Minor est un film de soleil aux parfums de garrigue, un film de falaises blanches et d'eaux émeraude, un film de Méditerranée, d'Europe du Sud. Au même titre que j'avais choisi de restreindre le casting à des acteurs nourris de la culture de cette région, je voulais un compositeur "latin" pour la musique. En somme, un Français, Italien, Espagnol ou Grec.


Très vite il a été clair tant pour des raisons de financement que pour l'excellence des décors et des prestations techniques, que Sa Majesté Minor se tournerait en Espagne et deviendrait une coproduction franco-espagnole. L'occasion était rêvée. J'ai demandé à Xavier (mon producteur exécutif et grand ami) de prendre contact avec Alberto Iglesias et de lui offrir de devenir le compositeur du film.


Dix jours plus tard nous nous retrouvions à Madrid avec Alberto et Xavier pour un dîner fraternel. Pendant trois heures nous avons parlé du film, de sa tonalité très particulière, de son mélange de comédie et de drame, d'ironie et de poésie. Nous avons discuté instruments, sonorités, textures et tessitures. Épatant. Alberto est un amour. Non seulement un très grand musicien mais une perle d'homme, tout de douceur et d'humilité, de charme et de sensibilité. Il était prêt à se mettre au travail quelques semaines plus tard, le temps de clore un précédent engagement. Nous avions largement le temps pour les quelques musiques à l'image dont nous avions besoin pour le tournage.


Je lui ai envoyé quelques jours plus tard le texte suivant pour confirmer ce qui avait été dit…

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