Accueil Date de création : 09/07/07 Dernière mise à jour : 10/01/08 11:14 / 131 articles publiés
 

La genèse de Sa Majesté Minor  posté le lundi 09 juillet 2007 23:01

Sur le plateau de Sa Majesté Minor, avec mon Chef Opérateur Jean-Marie Dreujou (Photo DR) 

C'était en 2004, juste avant Noël. Dans ma boîte aux lettres, une enveloppe bistre avec des feuillets à l'intérieur et un petit mot de Gérard (Gérard Brach, le génial ermite qui a écrit pour moi La Guerre du feu, le Nom de la rose, L'Ours et L'Amant). Gérard me parlait de fulgurance, après une interminable période de jachère. Il avait passé un long séjour à l'hôpital. A sa sortie, saisi par une soudaine exubérance, il s'était jeté dans l'écriture de ces pages dont il rêvait depuis longtemps et qu'il avait intitulé "le Grand Pan", du nom du Dieu grec des bergers, des forêts et de la puissance sexuelle.

"En m’inspirant de l’immense richesse de la mythologie grecque j’ai conçu ce texte insolent, iconoclaste, manipulateur. J’ai dévié certains mythes, en ai retourné d’autres, bousculant des tabous, explorant des complexes. Franchissant les interdits, l’histoire se présente sous forme d’une légende antique, baroque, insolente, grotesque, drolatique et dramatique. Elle se déroule au XVIIe siècle avant J.-C. sur une île imaginaire des Cyclades."

Le lendemain, ma réponse :

"Je viens de lire trente cinq pages de flamboyance. C'est toi, dans ton meilleur, dans ta folie, dans ta tendresse iconoclaste, dans ta violence illuminée. Comme tu le suggères dans ton petit mot manuscrit, ce texte est comme un éclat de lumière. Il ne ressemble à rien, sauf à toi, très fort. Il est d'une démentielle originalité, il est décalé, à côté, ailleurs, partout. Il charme, il émeut, il fait rire, il fait peur."

Depuis des années je regrettais le silence de ce compagnon des belles aventures qu'avaient été quatre de mes films préférés. Il avait eu un problème de gorge. Parler était devenu de plus en plus douloureux. Il s'était progressivement réfugié dans le mutisme. Et comme si la gorge avait contaminé la main, l'aphasie s'était peu à peu doublée d'agraphie. Pendant des années, Gérard n'avait plus écrit.

Soudain il ressuscitait.

Ce film qui restait en grande partie à écrire réunissait tous les ingrédients du bonheur. Une époque intacte, laissée vierge par le cinéma. Un film gai, païen et libre. Une comédie – enfin – un genre auquel je bouillais de revenir. Un sujet méditerranéen, plein de soleil, de mer émeraude et de garrigue aux senteurs de romarin. Une extravagance en dehors de toute convenance, de toute mode, de toute raison. Une façon de raconter insolente, impressionniste, baroque, imprudente. Un mélange détonnant et étonnant de tous les thèmes qui avaient été les nôtres pendant nos collaborations précédentes. Une incursion dans la mythologie, un monde magique qui avait tellement fait rêver le petit banlieusard que j'étais ! Et puis la Grèce antique ! Pré-antique, encore mieux, moi l'helléniste amoureux d'Hésiode, le poète des temps archaïques ! Bon la décision était prise, ce serait mon prochain film…

J'avais pris la décision en marchant dans mon verger derrière la maison. Face à moi se dressait un pommier fatigué que je connaissais bien. Au printemps, après de longues années de stérilité et de bois mort je l'avais vu se transformer en feu d'artifice de fleurs roses. L'automne avait été son triomphe. Il s'était couvert de milliers de pommes. La récolte avait été étonnante. Je pressentais que ce serait la dernière. Souvent les arbres fruitiers, comme les cygnes, meurent à la fin d'un chant, dans l'éclat d'une dernière offrande.

Gérard Brach est mort en septembre 2006, quatre jours après le début du tournage.

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