Scène de vide-grenier, ou le trésor du bruiteur étalé sous l’écran de l’audi
Le trésor du bruiteur... posté le lundi 22 octobre 2007 20:40
La post-synchronisation posté le mercredi 10 octobre 2007 19:33
Par hasard, puis par choix, j'ai toujours postsynchronisé une proportion de mes films beaucoup plus grande que celle des films de la plupart de mes collègues.
Pour mon premier film La Victoire en chantant le budget était si étriqué que mon malheureux ingénieur du son avait dû s'accommoder des conditions très bruyantes du village africain où nous avions tourné. Son ouie comme le reste de ses sens étaient aussi très occupés par le gazouillis d'une très jolie jeune fille locale si bien que les dialogues étaient souvent inaudibles. Mon producteur suisse m'a tout fait refaire en postsynchro pour la version export intitulée Black and White in Color. Je le bénis.
J'ai entièrement resynchronisé La Guerre du feu. Même si la langue inventée était incompréhensible, il y avait beaucoup de texte. Or, j'avais dans chaque scène des éléments perturbateurs. Ventilos pour le vent, machines à fumée pour les brouillards, buses à gaz pour les innombrables feux de toutes tailles, titre oblige, qui rendaient la bande son originale inutilisable. J'ai tout refait. Sans parler de la tribu des "Ivakas" pour laquelle Anthony Burgess et moi n'avions pas eu le temps d'inventer un dictionnaire. J'ai tourné avec des Indiens du Kenya qui disaient n'importe quoi. Je les ai doublés avec des Inuits du Grands Nord canadien qui disaient n'importe quoi.
J'avais construit le monastère du Nom de la Rose sur une colline pas trop loin de Rome. C'était pratique pour les techniciens. Mais, au pied du monastère de carton, passait une autoroute et la ligne ferroviaire. On avait été repérés par un tour operator qui vendait aussi des excursions en dirigeable Goodyear au-dessus du décor. Le boudin à moteur passait vers 16 h, juste entre le train de Naples et celui de Florence. Après nous avons tourné les intérieurs à Cinecitta. Les murs et les sols de pierre étaient en bois et en plâtre. Les dalles du cloître grinçaient comme un parquet. Sean Connery avait froid et ses moon-boots hors champ faisaient "mouic-mouic" au lieu du "clac-clac" des sandales qu'il était supposé porter, en peau de chèvre de Franciscain garanti d'époque. 98 % du film a été refait en postsynchro. Seule une petite scène de Sean avec Christian Slater dans leur cellule a été sauvée en original.
Pour L'Amant ma comédienne venait de Pinner, une banlieue déshéritée de Londres et elle avait un accent de zonarde. Quand à Tony Leung, le "Chinois", il baragouinais un anglais que nul, surtout lui, ne pouvait comprendre. La première s'est entièrement postsynchronisée après avoir pris des cours de prononciation chez le "voice coach" de la Reine (hihi !) et Tony m'a laissé faire son "re-voicing" avec un acteur chinois de Londres qui a imité l'original et entièrement doublé le rôle.
Bon j'arrête, je sens bien que je lasse.
Pour Sa Majesté Minor la proportion est moindre, sauf pour Vincent Cassel. Il a souhaité entièrement se postsynchroniser pour améliorer son jeu, pourtant excellent dès le départ. Il est vrai que Vincent a un sens du rythme inouï et qu'il retombe pile-poil dans ses mouvements de lèvres en affinant, c'est vrai, la prononciation et les nuances d'intention.
Avec José, autre petit génie de la postsynchro, il s'agissait plutôt du coup classique où le texte était bouffé par des éléments indésirables : couinements de cochon hors champ, grincement des grues qui le tenait suspendu tête en bas, grattement du costume sur le micro HF, passage d'un avion ou d'un chalutier dans le lointain… José a refait 50 % de son texte. Lui aussi a amélioré, peaufiné, gagné par rapport à l'original. Une semaine de boulot de 8 h à 20 h pour nous deux, ainsi que pour Marion la jolie "directrice de synchro", son assistant, l'ingénieur du son et le perchman.
Tous les acteurs y sont passés. En tout, quatre semaines pleines de travail intense, plus une semaine de raccords par petits bouts ici et là, y compris les foules (je rappelle que je tournais en Espagne et que la plupart de mes figurants jouaient en valencien, catalan, castillan…).
Certains metteurs en scène, me dit-on, n'assistent pas à la postsynchro. Ils considèrent, qu'il s'agit de pure technique. Le jeu d'un acteur, les émotions qu'il dégage sont AUSSI de la technique, mais surtout cette autre chose qui nécessite à mon sens direction et motivation. Pour moi, la synchro, c'est comme un second tournage. Sauf que je suis dans le noir toute la journée, vautré sur un canapé en retenant mon souffle, au lieu de gambader dans la garrigue dans les odeurs de serpolet.
La guerre des mondes : ADR/Rythmo.
Il y a deux méthodes de postsynchro, la méthode universelle dite "ADR" et l'exception française dite "à la bande rythmo". Chacun jure que l'une est supérieure à l'autre. Je pratique les deux avec plaisir.
ADR : l'acteur redit son texte face à sa propre image projetée devant lui en sections courtes, phrase par phrase, en écoutant l'original dans un écouteur qu'il tient contre l'une de ses oreilles. Avantage : très bon synchronisme. Inconvénient : difficulté de restituer le souffle des émotions sur de si petits bouts.
Bande rythmo : l'acteur face à son image lit le texte de la scène qui défile en même temps au bas de l'écran. Le texte est écrit à la main par des calligraphistes hautement spécialisés qui ajustent la longueur de l'écriture au rythme de la prononciation qui a été détectée. L'acteur doit parler quand le mot touche une barre rouge. Inconvénient : au lieu de regarder les expressions qui étaient les siennes, l'acteur lit son texte. Synchro moins précise. Avantage : celui des pays latins. Moins de précision, mais plus de charme sur l'ensemble de l'interprétation, généralement plus cohérente sur la continuité de la scène.
Essai de post-synchronisation posté le mercredi 10 octobre 2007 19:00
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ACTU Dépêche dernière heure posté le mercredi 10 octobre 2007 18:49
Sa Majesté Minor sort
aujourd'hui en salles à travers la France et la Suisse. Le
tir de barrage inhabituel auquel le film a du faire face va sans
aucun doute contrarier son destin immédiat. Je viens en
revanche de lire la première critique américaine.
Elle émane du journal professionnel Variety.
Serait-il vrai que "Nul n'est prophète en son pays"
?
Voici la traduction de l'article de VARIETY
(9 Octobre 2007, par Lisa Nesselson).
Sa Majesté Minor
"Sa Majesté Minor" de Jean-Jacques Annaud,
où un type qui se croit cochon se voit promu souverain
est un conte audacieux, incroyablement original,
allumé et magnifique, situé sur une île
de la mer Egée plusieurs milliers d'années avant
Jésus-Christ. Les critiques qui se plaignent que le
cinéma est coupable de ne pas explorer des territoires
novateurs ne pourront pas appliquer leurs récriminations
à cette comédie baignée de soleil, où
la frontière entre les hommes et les bêtes sont floues
et les pulsions païennes à l'ordre du jour.
Curiosité cinématographique, le premier film d'Annaud
en langue française depuis bien des lunes sort large en
France le 10 Octobre et devrait trouver ses points d'ancrage en
Europe.
Rarement la recommandation traditionnelle "va
requérir un traitement particulier" est mieux
appliquée. Le film regorge d'énergie et de talents au
service d'une histoire parfaitement loufoque, mais parfaitement en
accord avec ses propres paramètres imaginatifs. On imagine
que c'est la sorte de film que Kenneth Anger pourrait faire s'il
avait accès à un budget robuste, des acteurs de
série A et le poids qui vient d'un palmarès comme
celui d'Annaud.
Situé dans un monde hermétiquement clos où
quelques règles tribales servent de guide mais où
rien n'est un pécher, l'entreprise sera
étiquetée "film d'art" outre-atlantique. Pourtant il
s'agit d'un solide divertissement populaire auxquels tout ceux qui
en ont la disposition peuvent se réjouir. Et contrairement
au trop sophistiqué "L'Amant" du même Annaud, ce film
est authentiquement plein de vigoureux et truculent
désir.
Le scénario de Gérard Brach, son dernier et
cinquième collaboration avec Annaud (après "la guerre
du feu", "le nom de la rose", "l'ours" et "l'Amant") laisse les
commandes à la pure imagination. Les cartons
intermédiaires, à la manière des romans du
passé préviennent le spectateur des
événements à suivre. Minor, José
Garcia, un adulte, dort avec les cochons. Il partage leur approche
porcine de l'hygiène et de l'alimentation, n'a jamais appris
à parler quoiqu'il couine couramment et intimement avec une
truie. Minor en pince de loin pour la belle Clytia (Melanie
Bernier) une superbe minette fiancée au beau et sensible
Karkos. (Sergio Perris Mencheta).
Après que Minor ait été puni pour avoir
transgressé les règles de sa tribu, il
découvre une enclave forestière habitée de
créatures mythologiques, parmi elles un Satyre nommé
Pan (Vincent Cassel) et un centaure. Toujours plein de vigueur, Pan
souhaite à Minor la bienvenue de manière très
particulière, impliquant une des protubérances du
Dieu et un des orifices de Minor.
Plus tard, après avoir été laissé mort
par ses compatriotes, Minor ressuscite avec le don de la parfaite
éloquence en langue française, murmurant par bribes
"Connais-toi toi-même" façon "je pense donc je suis".
Mais si on considères les facéties qui suivent
plutôt que "I think therefore I am" on devrait traduire
"therefore I ham" (jambon). Minor bénéficie illico
d'un statut royal et est soudainement plus séduisant aux
yeux de Clytia, laquelle l'aimait bien déjà lorsqu'il
couchait en porcherie.
Désinvolte, irrévérencieuse, cette
équipée païenne joue à la manière
d'un "Vie de Brian" tournée par David Lean, avec une
très française couche de candeur lubrique par rapport
aux usages qu'on peut réserver aux diverses ouvertures de
notre chair. Tandis que le cast et l'équipe semblent avoir
pris beaucoup de plaisir, la question "a qui ce film est-il
destiné" n'apparaît pas avoir été une
priorité.
Portant des étuis pour pénis érigés
avec la même décontraction que des millions d'hommes
d'affaires portaient jadis des pantalons a patte
d'éléphant ou de flamboyantes rouflaquettes, les
males du lieu flânent ou pontifient quand ils ne sont pas en
train de s'entraider pour leurs frasques.
Garcia, jouant dans le lyrisme comme le doux enfant de l'amour
qu'auraient eu Robert Downey Junior et Tom Hulce, compose une
créature aussi attachante que convaincante. Le petit film
colorisé décrivant comment il est arrivé sur
l'île est délicieusement farfelu.
Les fans de Vincent Cassel devraient être réjouis par
sa prestation "tout feu tout flamme", dans le rôle de
fringant Satyre enjôleur et souriant, toujours prompt
à tout enfourcher que ce soit un arbre en forme de croupe,
de diaphanes demoiselles, ou un type qui passe.
De délicieux apartés visuels du monde de la
végétation bourgeonnante envahissent l'écran
tandis que Minor explore le corps de Clytia pour la première
fois. On pourrait presque entendre Annaud et Brach se laisser aller
à la rêverie en se demandant "hey, ça serai pas
chouette si…" et ensuite réussissant à mettre
en œuvre ces effets spéciaux inattendus, quelque que
soit le pourcentage statistique de spectateurs qui se gratteront le
crâne.
La musique est insouciante, allègre, à
l'opposé de toute lourdeur. Les décors, accessoires
et costumes se révèlent essentiels pour cette
atmosphère aux antipodes des sentiers battus. La
photographie dorée, cuivrée apporte sans
relâche une valeur ajoutée à l'image sur
écran large.
Brach, auquel ce film est dédié, est mort en
Septembre 2006, quatre jours après le début du
tournage.
http://www.variety.com/review/VE1117935044.html?c=31
Réponse à Florence (4 octobre) posté le mardi 09 octobre 2007 17:01
• Florence a posté :jeudi 04 octobre 2007 14:56
Je viens de lire l'article vous concernant dans le dernier
Match... J'ai trouvé Alain Spira très négatif
et dédaigneux.
Comment s'est passé l'interview?
N'avez-vous pas regretté de répondre à ce
monsieur?
Cela me navre...
J'ai hâte que le public puisse voir
Alain Spira est un journaliste très
sympathique qui n'a pas aimé "Sa Majesté Minor". Il
me l'a dit d'entrée de jeu. Il a trouvé les acteurs
lamentables et la musique déplorable. Les deux effets
additionnés l'ont sorti du film. Moi, j'adore chacun de mes
acteurs dans ce film, et, comme mes confidences sur ce blog l'ont
exprimé, j'adore la musique de Navarrete. Je ne suis pas le
seul, comme je le constate jour après jour à chaque
avant-première publique.
Le ton est dédaigneux, il est vrai. Le dédain est
l'attribut instinctif du pouvoir. Il est une sorte de revanche
inconsciente que le jeu entre celui qui juge vite et celui qui fait
lentement me fait accepter de bon coeur.
Amitiés, chère Florence.
JJa




