Accueil Date de création : 09/07/07 Dernière mise à jour : 10/01/08 11:14 / 131 articles publiés
 

La première série d'enregistrements  posté le dimanche 23 septembre 2007 15:34

Après quelques hésitations, Javier et moi sommes revenus à nos premiers instincts : utiliser la sonorité très particulière d'un groupe de Sardane pour le thème associé au personnage de Minor. Ces groupes traditionnels, appelés Coblas (un mot associé par son étymologie au "couple", à l'accouplement, à la copulation, parfait donc pour mon entreprise païenne) ne se trouvent qu'en Catalogne. Les musiciens jouent d'une manière fusionnelle très particulière, avec des instruments aux noms bizarres qui ne se fabriquent que pour eux : la flaviole (une sorte de piccolo, de flûte aiguë), le tenora (un hautbois aigrelet qui fait penser aux instruments à anche arabes), le fiscorno (un cor mâtiné de tuba) et une curieuse contrebasse à trois cordes qui assure l'accompagnement rythmique.

 Nous nous retrouvons donc en avril pour deux jours à Barcelone, dans un studio minuscule mais qui "sonne" correctement. Les musiciens sont très étonnés d'être convoqués pour enregistrer une musique de film, eux qui sont plutôt habitués à pratiquer leur art dans les bals de campagne. Ils sont un peu intimidés. Ils se prennent en photo avec nous. Navarette distribue les partitions, donne quelques explications. On met le rouge.
J'entends pour la première fois le thème de mon film joué par les vrais instruments. C'est gai, allègre, plein de vie, de charme, de poésie et de mystère. Nous battons la mesure avec Navarette. Il est tout sourire. J'ai envie de l'embrasser. Je l'embrasse.
Quelques jours plus tard, nous sommes à Paris, à Suresnes pour être plus précis, aux Studios Guillaume Tell, ce qui se fait de mieux en France. Par rapport à ce à quoi je me suis habitué à Los Angelès ou à Londres, j'ai un peu l'impression d'enregistrer dans une boîte à chaussures. Mais les musiciens de l'Opéra de Paris sont vraiment formidables, talentueux, rapides, inspirés. On les fait sortir de temps en temps pour prendre l'air. Le lieu n'est pas vraiment prévu pour plus de soixante paires de poumons qui s'époumonent, mais nous ne sommes pas là pour une cure d'oxygénation. Leur enthousiasme à jouer fait plaisir à voir et à entendre. Et le son est excellent.
Au cours de la semaine s'enchaînent les séances réservées aux solistes. Comme souvent, nous avons enregistré d'abord le fond orchestral et ajoutons par la suite, en re-recording, les instruments solos qui portent la mélodie. La méthode permet de consacrer tout le temps nécessaire à l'instrument vedette sans faire glander les trente violonistes et vingt autres musiciens qui constituent l'orchestre.

Se succéderont ainsi le joueur de duduk, le flûtiste de Pan, le joueur de cymbalum, les percussionnistes. Christian Chevalier, le producteur musical s'est donné un mal fou non seulement pour réunir les meilleurs instrumentistes d'un orchestre prestigieux, mais aussi pour trouver les meilleurs solistes possibles dans chaque spécialité. Depuis des semaines, il m'apporte à la salle de montage des CD de chacun pour que je valide ses propositions.

Problème récurrent quand on utilise des instruments rares : trouver un virtuose qui sache lire une partition. Le choix est entre un berger génial qui arrive du fin fond de l'Anatolie avec sa peau de bique sur le dos et l'instrument qui lui vient de son arrière grand-père dont il tire des sonorités célestes, mais qui n'a jamais appris le solfège, et un très bon professionnel spécialiste d'un instrument voisin, incollable en déchiffrage de partition, mais qui se sert occasionnellement de l'instrument exotique pour l'usage duquel il est convoqué.

Je vois pendant de longues heures Javier souffrir, victime de mon choix de l'option 2. Nous décidons de recourir, dans le futur, à l'option 1 pour l'enregistrement final. En réalité ce sera une option 3, miraculeuse où nous avons cumulé les avantages des deux premières solutions.

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