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Réponse à Zoun (28 septembre)  posté le mardi 09 octobre 2007 16:19

• Zoun a posté :vendredi 28 septembre 2007 18:42
impressionnant!

Quand je lis tout ça, et quand je vois par vos photos tout le matos que vous avez je me met à rêver...
aaaah.. et si un jour je pouvais faire ça comme un pro..
j'écris des scénarios, réalise et monte des p'tits courts métrages, mais tout ça en amateur.
J'habite Biarritz, j'ai pas vraiment d'argent mais j'ai cette passion de raconter des histoires (ce qui veut pas dire que je suis menteur ^^).
Mon meilleur ami fait la musique de mes films, nous sommes autodidactes, donc forcément tout ça n'est pas "parfait" mais on s'éclate.
Des ami(e)s ou de la famille non-acteur accepte de "jouer" dans mes p'tits "délires".

En 9 mois on a fait 7 clips (je chantonne et fais les clips, il compose et joue la musique)
et 8 courts métrages.. et encore, si j'avais pas ce putain de boulot de réceptionniste de nuit (qui bousille chaque jour un peu plus ma santé physique et mentale) j'en ferai plus...
mais bon, c'est pas à vous que je vais apprendre qu'il vaut mieux la qualité à la quantité.. surtout pas à vous.

Je serais honoré que vous veniez y jeter un coup d'oeil.
Après avoir été spectateur de vos films, ce serait un honneur de vous avoir comme spectateur de mes p'tits courts!
chiliperro@gmail.com http://zoun.fr

 

Votre démarche est la mienne. D'abord rêver, et ensuite réaliser le rêve. Il faut commencer par le commencement: imaginer une histoire. Ensuite la filmer. Si l'histoire est belle, si elle vaut la peine d'être racontée, elle sera vue, même si la projection a lieu dans une cave, elle sera aimée.

Bon courage. Profitez du calme de vos longues nuits d'éveil  pour lire, et re-regarder les grands classiques du cinoche!

Jja

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Réponse à Sébastien Briquet (27 septembre)  posté le mardi 09 octobre 2007 15:34

· Sebastien Briquet a posté :jeudi 27 septembre 2007 20:01

Je pose une question à Jean-Jacques Annaud : Il y a dans tous vos films une dimension à la fois très réfléchie et profondément irrationnelle. Vous semblez échapper au monde contemporain tout en dévoilant les fondements qui permettent de le comprendre, d'y mettre du sens et d'y exister avec authenticité. La Bible est à mes yeux la plus grande la plus grande source de thèmes et de méditations qui s'inscrit dans cette dialectique. Vous en inspirez-vous ? Avez-vous déjà songé à réaliser un film traitant de ses "petits sujets" qui transfigurent la vie moderne ?
sebbriquet@hotmail.fr

 

 

 Je suis très attiré par les leçons de l'Histoire, du passé qui se répète dans le présent. Je suis joyeusement athée, mais très attentif aux grands textes fondateurs. Je butine de temps en temps dans la Bible, mais aussi dans le Coran et les textes du Bouddhisme. J'ai sur ma table de chevet en ce moment un épais petit ouvrage bleu qui s'intitule "le livre des sagesses" par Frédéric Lenoir, le rédacteur en chef du "Monde des religions". Il me plait beaucoup.

Les films se construisent sur les sédiments de la vie, donc aussi de ce qui reste des lectures.

Amitiés.
Jja

 

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Effets visuels de postproduction (VFX)  posté le mardi 09 octobre 2007 15:00

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, Effets visuels de postproduction (VFX)

                     Chez Duboi, l’atelier des infographistes, au travail sur les VFX du film 

 

SFX et VFX. Les « Special effects » sont les effets spéciaux réalisés en direct sur le tournage, comme le vent créé par des ventilateurs, le brouillard, la pluie, les éclairs de l'orage, la fumée, les explosions etc.

Les « Visual effects » sont ceux qui se finalisent en postproduction, après le tournage. Je dis bien « finalisent », car la plupart d’entre eux sont filmés, certes en pièces détachées, sur le tournage. Par exemple un acteur jouera sa scène sur fond neutre. On tourne le fond de décor séparément. On mélange les deux plus tard.



Je ne vais pas ici entrer dans le détail de l’immense variété des VFX. Il faudrait des centaines de pages pour décrire les procédés, les machines et les talents mis à contribution pour chaque catégorie d’effets réalisés en postproduction.
Tordons le cou d’abord à quelques tenaces idées préconçues.


1) L’intrusion de l’ordinateur n’a pas bouleversé la conception des effets visuels. Il a tout simplement facilité l’application de méthodes anciennes et fait chuter les coûts de manière spectaculaire. Il en a démocratisé l’usage.


2) « Tout » ne se fait pas en postproduction comme le croient beaucoup d’apprentis qui ont appris les métiers du cinéma en bidouillant sur leur portable. Depuis peu, les officines de VFX s’éreintent sur des éléments médiocres qui ne se marieront jamais bien ensemble parce qu’ils n’ont pas été conçus pour fusionner harmonieusement.


Paradoxalement, je passe plutôt moins de temps sur la partie « effets de postproduction » en postproduction… qu’en préproduction et pendant le tournage.


Dès l’écriture et encore plus pendant le découpage technique, je pense mes scènes et les différents plans en fonction des images que je sais pouvoir obtenir. Je pratique les VFX depuis mes débuts dans la pub et je suis passé par quasiment tous les stades des évolutions techniques. J’ai tourné avec des miroirs semi-transparents et des maquettes comme à l’époque des Visiteurs du soir, j’ai fait des lunes en direct avec des globes d’éclairage suspendus par un fil nylon selon l’école de Fellini, j’ai tâté de la rétroprojection, du Transflex, du fond orange ou bleu. Avec mon chef opérateur Rousselot, nos sommes passés pendant le tournage de L’Ours champions du « split screen » (on enregistre séparément un côté de l’image de l’autre). J’adore ça. C’est Méliès. C’est le cinéma.


Je passe pas mal de temps à décrire dans le découpage ce que j’envisage. Là, je soumets mon texte au vieux Fred, mon pote Fred Moreau qui est devenu un ponte de la chose mais qui autrefois gadouillait avec moi dans les rizières du Vietnam pour trouver les fonds optimaux à incruster dans les panoramas de L’Amant. Ces réunions sont vitales : elles permettent de fixer les idées et… d’établir un budget en fonction des moyens à mettre en œuvre.

L’équipe de Fred sera par la suite tous les jours sur le plateau. En l’occurrence, c’était l’élégant Titi (Thierry Delobel) qui assurait la permanence, ne laissant jamais échapper une mesure, un angle à noter ou une amorce inopportune. Pour les grandes occasions Monsieur Fred et son staff étaient présents sur le plateau, scrutant les images que je tournais, me faisant profiter de ses infatigables conseils. Écoutant aussi ce que je racontais à la ronde de façon à bien comprendre ce que j’avais sous l’os du crâne.
Du coup, pour moi, en postproduction, c’est "que du bonheur". On me sollicite une fois tous les trois jours pour préciser mes intentions, on me soumet des maquettes. J’approuve souvent, je refuse parfois, je commente toujours. On me fait voir ça sur la table de montage ou sur ordinateur.


Une fois tous les quinze jours, j’ai droit à la récompense : je me rends à l’autre bout de Paris, à Boulogne, dans la salle spécialisée de chez Duboi. On me fait découvrir les images terminées, ou presque, sur grand écran.

Les gens de cette équipe sont épatants. Je ressors ébloui, bluffé, le cœur léger. Je vois en grand, en net, les images que j’avais rêvées en flou.

Il y a évidemment quelques cas où tout est créé en « post » et qui demandent un investissement de temps plus grand. Pour Sa Majesté Minor j’ai trois ou quatre plans de ce style, et un générique assez rigolo qui se fait de toute pièce en virtuel.


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Extrait du découpage  posté le mardi 09 octobre 2007 14:59

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, Extrait du découpage
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Le montage, la suite  posté le dimanche 07 octobre 2007 10:53

Blog de jjannaud : Jean-Jacques Annaud, Le montage, la suite

Noelle encadrée par ses deux assistants, à sa droite Sandro, à sa gauche Lionel. Et puis Sophie leur adjoint…

Ils connaissent par cœur chaque seconde de chacune des 7700 prises tournées, chaque « couche » de chaque plan traité en VFX.

Une fois ce travail accompli, nous discutons un instant puis je laisse Noëlle travailler. Je monte dans mon bureau pour faire comme tout le monde, répondre aux e-mails. Aussi pour noter à chaud ce qui va être indispensable pour compléter au son et à la musique ce que je viens de voir. Aussi, pour répondre aux mille questions qu'on me pose pour préparer le futur, les affiches, le dossier de presse, les messages radio, les "teasers" et autres bandes-annonces, les modules pour les sites internet, une nouveauté à l'occasion de ce film.


Au bout de quelques heures, parfois moins, Noëlle m'appelle. Généralement pour me présenter son premier assemblage, parfois parce qu'elle tombe sur un os et qu'elle souhaite la participation de mes crocs.


A l'époque de mes premiers films, j'avais l'habitude de ne pas quitter la salle de montage une seconde. J'ai compris, peu à peu, qu'il ne faut pas s'intoxiquer. Il ne faut pas assister à l'opération de sectionnement, il ne faut pas savoir où exactement va venir la coupe. Il faut s'éloigner du monstre pour le redécouvrir avec une certaine fraîcheur, ne pas être impliqué dans l'infini détail afin de pouvoir juger de l'essentiel. On va me dire que cette démarche est en totale contradiction avec ma méthode de tournage où je m'implique dans chaque atome. En réalité entre le moment où je m'exalte sur une méthode de filage du lin, où je choisis la nuance de la teinture qui le colorera et le moment où l'acteur arrive habillé et maquillé sur le plateau il s'est passé des mois. Je ne prête plus attention au textile, ni au costume essayé dix fois. Je ne m'attache plus qu'au sens de la scène et au jeu des acteurs.



Sur Sa Majesté Minor nous n'avons pas démarré le montage par la scène 1 comme il est logique, mais avec toutes les scènes dites "de la forêt mythologique" avec Vincent Cassel. Raison simple : le personnage de Satyre qu'il interprète, ainsi que son ami l'homme cheval Centaure, nécessitent de complexes interventions du département effets spéciaux (VFX, pour Visuel FX, prononcer à l'anglaise "ef-ex"). Le montage devait être livré et quasi-définitif à noël pour être en mesure d'assurer la sortie le 10 octobre ! Je reviendrai sur ces travaux aussi laborieux que passionnants plus tard.
En nous mettant au travail dès mon retour d'Espagne, début décembre, nous avons livré les vingt minutes cruciales dans une forme suffisamment définitive pour que les graphistes puissent commencer à intervenir sur nos images dès les premiers jours de 2007.


En moyenne notre rythme de montage est d'une minute par jour. Donc pour un film d'1 h 40 comme Sa Majesté Minor, c'est-à-dire cent minutes hors générique de fin, il faut compter cent  jours. Grosso modo cinq mois. En réalité, on assemble d'abord grossièrement à raison de deux minutes par jour, si bien qu'au bout de trois mois on se retrouve avec un premier "ours" trop long et mal foutu qu'on affine par la suite. Notre premier monstre faisait tout juste un peu moins de deux heures. Pendant les deux mois qui ont suivi, nous avons fait fondre vingt minutes de lard, de gras inutile, pour arriver à la  sveltesse souhaitée dès l'écriture. (Le film avait été préminuté à 1 h 37).



Beaucoup, surtout ceux qui sont habitués à filmer le bain du petit et à regarder sans délai le résultat sur l'écran de la télé du séjour, se demandent ce qu'on glande pendant tout ce temps. Eux, quand ils font un "montage", passent une après-midi pour bout-à-bouter une heure trente de leur "best of". Le "film" ainsi obtenu suscite la plupart du temps les félicitations du public familial. Certains cinéastes s'inspiraient de la méthode. Ceux qui gravitaient au sein d'une famille unie, donc restreinte, obtenaient les mêmes appréciations gratifiantes.


Le public payant est évidemment plus exigeant. Il se lasse vite. Le monde change, le cinéma aussi. La perception des images est de plus en plus instantanée. Quand il fallait vingt secondes pour expliquer un lieu, on en veut deux aujourd'hui. Être concis, faire court, ne veut pas dire être sommaire. Il y a des gens qui prennent une plombe avec des mines profondes à vous raconter une histoire inutile, d'autres qui vous serrent la gorge après quarante-cinq secondes d'un récit économe.


J'ai sans cesse en tête cette anecdote de Gide qui, la mine désolée, s'excusait auprès de son éditeur en présentant un manuscrit trois fois plus volumineux qu'à l'ordinaire : "Désolé, je n'ai pas eu le temps de faire court".


Trouver la substance signifiante de chaque plan, savoir juxtaposer les seuls moments forts en donnant l'illusion qu'ils s'enchaînent dans une fluide continuité temporelle, voilà tout l'art de l'ellipse, tout l'art de Noëlle Boisson et des grands monteurs. L'orfèvrerie demande beaucoup de métier, beaucoup de talent. Beaucoup de patience aussi.

Statistiques de Sa Majesté Minor
1 100 plans tournés (avec une moyenne de sept prises par plan j'ai donc dit 7 700 fois "moteur" et 7 700 fois "coupez" pendant le tournage).

1 200 changements de plans dans le film (donc à l'écran un plan nouveau ou prise nouvelle toutes les cinq secondes).

105 heures de film tourné (pour un montage final de 101 minutes, à peu près une heure tournée pour une minute montée. Ratio de 60 pour 1).

400 plans passent par les VFX (donc un tiers des plans tournés, 300 pour des interventions modestes, 100 pour des combinaisons lourdes ou très lourdes).

77 jours de tournage (donc une minute vingt secondes "utile" par jour. Pour un téléfilm le minimum est 7 minutes. Une cadence industrielle qui interdit le même travail).

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